Pourquoi la mode est devenue une des industries les plus polluantes ?

Depuis plus de 10 ans, nous parlons chaque jour de mode et nous avons toujours eu ce souci de comprendre d’où venaient nos vêtements, comment ils étaient faits, et ce que nous pouvons en attendre en terme de qualité et de durabilité. Un discours auquel vous êtes de plus en plus nombreux à être sensibles, et qui d’après nous, a pu d’autant plus trouver un écho important que nous avons fait en sorte de rester un media généraliste. Laissant ainsi la possibilité à chacun, à son rythme, de mieux comprendre ce marché et cette économie de la mode. Mais de temps en temps, de manière simple et directe, il est bon de rappeler que quelque soit nos sensibilités, et notre rapport à la mode, nous avons tous des choix à faire, et que cela a un impact sur notre style, mais aussi et surtout, sur notre planète ! S’habiller mal en soit, ce n’est pas grave. Mais lorsque l’on sait que la mode est devenue une des industries les plus polluantes au monde, on peut difficilement affirmer ne pas s’intéresser à ce sujet. Voici pourquoi la mode nous concerne tous !

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1. Le coût environnemental des matières premières

La très grande majorité des vêtements sont fabriqués à partir de fibres synthétiques et/ou naturelles. On devine facilement l’impact que peut avoir la réalisation de fibres synthétiques telles que l’acrylique, le nylon, le polyester, le polyamide. Elles sont toutes issues de la pétrochimie (l’industrie la plus polluante au monde). Par leurs origines, ces fibres ont donc par nature un impact négatif sur l’environnement. Mais c’est également le cas tout au long du processus de fabrication, qui engendre des rejets toxiques, et ce pendant tout le reste de de la vie du vêtement.

Usine

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les matières végétales sont loin d’être exempt de reproches car la manière dont on les cultive aujourd’hui n’a plus grand chose de naturel. Le coton est la fibre la plus utilisée dans l’habillement. Or pour cultiver du coton, il faut de l’eau, beaucoup d’eau ! En plus de cela, pour s’assurer de bons rendements, les producteurs utilisent énormément d’engrais, de pesticides et d’herbicides (en plus du fait qu’il s’agit bien souvent de plans d’OGM). Lors de la récolte, pour séparer les fibres de coton des feuilles, on utilise un produit défoliant également toxique. Et ce n’est pas fini ! Certains industriels utilisent des additifs pour rendre le fil de coton plus résistant. Et lorsqu’on le teint, on le fait par le biais de métaux lourds et de chrome. Tous ces produits toxiques polluent les sols et contaminent les ouvriers du textile qui développent alors notamment des cancers. Cette petite fleur de coton est donc loin d’être inoffensive !

Fleurs de coton

Et n’oublions pas non plus les vêtements qui sont faits à partir de matières animales : poils d’animaux (laine, fourrure) et cuirs qui ont évidemment un impact écologique. Notamment parce que pour nourrir ces bêtes, il faut cultiver des céréales qui sont également très consommatrices d’eau. Le tannage du cuir se faisant par ailleurs le plus souvent à l’aide de métaux lourds qui peuvent être très polluants, si on ne prend pas toutes les précautions nécessaires.

Chiffres clés :

  • Depuis le début des années 2000, la part des fibres synthétiques ne cesse de progresser. Entre 2000 et 2016, la production de Polyester a presque triplé, passant de 8,3 et 21,3 million de tonnes. D’après un rapport de Greenpeace, daté de juillet 2017, 60% des vêtements contiennent aujourd’hui du Polyester. Et la part pourrait passer à 63% d’ici 2030.
  • Les fibres synthétiques consomment moins d’eau, pesticides, engrais que le coton mais si on prend en compte les énergies fossiles nécessaires à leur production, les émissions de CO2 sont 3x supérieures !
  • Les fibres naturelles (coton, laine, lin, chanvre) représentent moins de 40% du marché. Le coton est de loin la fibre la plus produite. Nos baskets, nos jeans, nos t-shirts, nos sweats, tous sont majoritairement composés de coton !
  • Les principaux pays cultivateurs de coton sont l’Inde (23%), la Chine (22%), les Etats-unis (17%), le Brésil (7%) et le Pakistan (6%) (source : Cottoninc). A elle seule, cette culture du coton représente 25% de la consommation mondiales de pesticide et 10% des engrais consommés !
  • A noter, la part infime que représente aujourd’hui la laine : 1,5% du marché.

En résumé :

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 2. Produire c’est polluer

Toutes ces matières premières sont ensuite travaillées. On pense notamment à la teinture du coton ou le tannage du cuir. Des opérations au cours desquelles on utilise des produits chimiques sans prendre les précautions nécessaires, surtout dans les pays de production à bas coût. Les ouvriers ne sont pas équipés des protections suffisantes, les eaux ne sont pas retraitées comme elles devraient l’être, des produits chimiques sont déversés dans les cours d’eau, qui rejoignent les rivières, puis les océans, etc.

Ouvriers Vietnam

Un produit fini subit bien souvent des traitements. Citons le tristement célèbre cas des jeans qui sont délavés par des opérations de sablage ou blanchit au chlore. Et tout cela, pour au final user prématurément un jean ! Et donc favoriser la production d’un prochain jean dont on estime que la production d’un seul exemplaire nécessite la consommation de 7 000 litres d’eau !

Machine textile

Et produire un vêtement, c’est faire tourner des machines, consommer de l’énergie, accroître le réchauffement climatique, etc. Voici pourquoi produire un vêtement c’est forcément polluer. Et quelque soit le processus de fabrication, qui vise ou pas à réduire son impact environnemental. Le seul vêtement qui ne pollue pas, c’est celui que nous n’avons pas produit !

Chiffres clés :

  • Entre 1996 et 2000, le prix des vêtements a baissé de 6% chaque année. De 2003 à 2007, il a continué à baisser de 10% par an (source : The Gardian).
  • Entre 2000 et 2014, la production de vêtements a doublé et on conserve nos vêtements 2x moins longtemps (source : Greenpeace).
  • «En 2014, on a dépassé pour la première fois le seuil de 100 milliards de pièces produites en une année et la branche compte sur une augmentation de 60% d’ici 2030», explique Kirsten Brodde, spécialiste du gaspillage textile de Greenpeace, dans un documentaire diffusé par Arte.
  • 40 millions de travailleurs textile qui peuvent travailler de 10 à 15 heures par jour et vivent dans les usines (source : The Gardian).
  • 24 avril 2013, le bâtiment du Rana Plaza, à Dacca, au Bangladesh, qui abritait plusieurs ateliers de confection s’effondre. Cette catastrophe qui illustre bien dans quelles conditions travaillent certains ouvriers dans le secteur de la mode provoque la mort de 1 130 personnes (source : Wikipedia).

En résumé :

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3. La vie d’un vêtement n’est pas un long fleuve tranquille

Dans son cycle de vie, le vêtement est porté, lavé, re porté, re lavé, etc. L’utilisation de lessives nuisent à l’environnement, les lavages trop fréquent usent les fibres, les vêtements contenant des fibres synthétiques rejettent des particules dans l’environnement, etc. Acheter des vêtements à bas coût est un cercle vicieux qui nous mène à consommer toujours plus de vêtements puisqu’ils s’usent prématurément. Lorsqu’un vêtement ne nous plaît plus, et qu’on le juge trop usé, on peut avoir la tentation de le donner. On peut avoir bonne conscience en pensant qu’il sera ensuite offert ou recyclé. Le problème est que le volume de vêtement est tel que beaucoup échouent en réalité dans des décharges en Afrique, en Chine ou en Inde alors que les fibres synthétiques qu’ils contiennent mettront des dizaines d’années à se dégrader et continueront à polluer l’environnement. Le cercle infernal !

Containers

Pire encore, la production est tellement importante que certains vêtements ne trouvent même pas preneurs ! Des vêtements neufs sont brûlés comme l’expliquait notamment un journaliste du Independent dans cet article au sujet des invendus de H&M. Une opération qui ne se limite pas à la « fast fashion » car les marques de luxe ont également recours à cette pratique pour éviter que des invendus se retrouvent sur le marché.

Chiffres clés :

  • Aux Etats-Unis, seulement 15% des vêtements jetés seraient donnés ou recyclés. 85% vont à la décharge (source : Council for Textile Recycling).
  • 15 à 30% des plastiques qui polluent les océans seraient des microparticules. 35% d’entres elles proviendrait des vêtements synthétiques lavés (source : Greenpeace).

En résumé :

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Bilan

Pour bien comprendre l’impact écologique de la fabrication d’un vêtement, il faut prendre en compte tout son cycle de vie : la production des fibres textiles, la production du vêtement en lui-même, le traitement, les lavages et la fin de vie. Un cercle infernal que nous avons résumé dans les infographies ci-dessus. Mais comment sortir de cette logique ? Vaste sujet que nous vous proposons d’aborder dans un prochain article « Comment s’habiller de manière plus responsable ? ». Cette thématique vous intéresse, participez à notre enquête sur la Mode et l’Environnement. A suivre !

Documentaires à (re)voir :

  • « The True Cost » : un documentaire réalisé par Andrew Morgan en 2015  sur l’industrie de la mode et plus spécifiquement sur l’impact environnemental et social de l’économie de la fast fashion.
  • « River Blue » : un documentaire réalisé par David McIlvride et Roger Williams en 2016 sur les produits chimiques déversés par les usines textiles et plus largement sur les dérives de l’industrie de la mode.
  • « Vêtements, n’en jetez plus » : un documentaire réalisé par Elsa Haharfi en 2016 qui suit le circuit des vêtements placés dans une benne et qui permet de mieux comprendre les enjeux du recyclage.
  • « Sweatshops: Deadly Fashion » : un documentaire réalisé en 2016 qui plonge 3 blogueurs dans les conditions de travail d’un atelier du Cambodge.
  • « Révolte dans la mode » : un documentaire co-écrit par Ariel Wizman et Lunetta Laurent en 2018 sur de jeunes créateurs qui se mobilisent pour créer une mode plus responsable.

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