La mode de seconde main comme réelle alternative

Aujourd’hui, suite de notre série « Mode et Environnement ». Dans le précédent article, on s’intéressait aux marques de mode éco-responsables, on poursuit à présent avec ce qui s’impose de plus en plus comme une alternative en matière de consommation responsable : acquérir des vêtements de seconde main ! Si traditionnellement cette offre s’adressait essentiellement aux étudiants à la recherche de vêtements pas chers et aux amateurs de look vintage, l’engouement pour l’occasion est tel que d’après une étude américaine (réalisée par l’institut de recherches GlobalData pour le site américain thredUP), le marché des vêtements d’occasion qui représentait 21,2 milliards d’euros en 2018, représentera 45 milliards d’euros en 2023. Certains analystes prévoient qu’il dépassera le marché du luxe d’ici 2022 et celui de la fast fashion en 2028 ! La mode de seconde main c’est donc vraiment du sérieux.

1. Les boutiques physiques de vêtements d’occasion

Historiquement, lorsqu’on souhaitait acquérir des vêtements d’occasion, on s’orientait vers les friperies et autres dépôts ventes. Avant d’être considérée comme un haut lieu de mode, elles servaient à la bourgeoisie de lieu pour s’encanailler au XIXè siècle. Dans les années 60, on passait leur porte pour récupérer des uniformes et détourner leur port à des fins contestataires. Clairement, avant de devenir une véritable hype, ce genre de services (qui ne datent pas d’hier) avait un but social. C’est le cas par exemple d’Emmaüs, lancé dans les années 50 par l’abbé Pierre. En effet, le mouvement avait (et a toujours) alors pour action la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, par des moyens divers et adaptés, les principaux étant la récupération et le réemploi d’objets en tout genre.

FRIPES RENNES

Mais aujourd’hui, les boutiques de vêtements d’occasion ont évolué et se sont adaptées à une demande bien particulière : celle de consommer autrement, celle de consommer plus intelligemment. Si elles font partie du paysage urbain depuis des décennies, les friperies se sont modernisées, soignant la présentation des vêtements pour se rapprocher des standards des boutiques de mode. C’est un constat que l’on fait surtout dans les pays nordiques, de la Belgique à la Suède, avec pour exemple cette boutique de Stockholm. Pour autant, les bonnes adresses ne manquent pas à Paris et nous vous en proposant quelques-unes ci-dessous.

Un exemple parmi tant d’autres : Siv & Ake
Quelques adresses clés sur Paris :

Adöm
Gaijin Paris
Hippy market
Kiliwatch
Kilo Shop
Le Coffre
Line Up

2. La mode d’occasion en ligne

Bien entendu, Internet s’est emparé de ce phénomène. On serait même tenté de dire que c’est grâce à lui que l’achat d’occasion s’est démocratisé, tant il regorge de sites spécialisés dans la seconde main. Et sur la Toile, la concurrence fait rage (bon ok, c’est quand même moins violent qu’un épisode de Game of Thrones). Comme bien souvent sur le Net, on trouve absolument tout, pour tout le monde et pour toutes les bourses.

The Sole House

La page d’accueil de The Sole House
À côté des précurseurs (Ebay en figure de proue) et des sites généralistes et plus grands publics (Le Bon Coin et plus récemment Vinted) évoluent également des sites spécialisés dans des domaines particuliers. Ainsi, on citera par exemple Cresus pour trouver la Rolex (d’occasion) de ses rêves, The Sole House pour une paire de Yeezy Boost 700 « Wave Runner » ou encore Tony La Fripe pour un ensemble Sergio Tacchini. À la différence des boutiques physiques, les sites de seconde main s’orientent donc vers des univers, voire des styles précis afin de répondre au mieux à une demande toujours plus importante. Et il y a un marché où l’occasion est en plein essor : le luxe !

Tony La Fripe

En tapant « vêtement de luxe d’occasion » sur notre moteur de recherche favori, il est devenu difficile (voire impossible) de ne pas tomber sur les grands noms du secteur. En tête de gondole, on retrouve Vestiaire Collective et Vide Dressing. Lancés à la fin des années 2000, les deux sites fonctionnent comme un dépôt-vente classique. Chacun y est donc libre de déposer l’article qu’il souhaite (les produits les plus luxueux doivent être authentifiés avant d’être mis en vente) et attend alors que la vente se fasse. Une fois celle-ci réalisée, les plateformes ponctionnent une commission.

Autres sites de seconde main à connaître :

Broadway and Sons
Brut Clothing
Collector Square
Grailed
Comme un camion

3. Les marques intègrent le marché de seconde main

Bien entendu, cet engouement pour les vêtements d’occasion forcent les marques à reconsidérer leur façon de proposer le vêtement. Collectes, réparations des pièces usées, upcycling ou bien programmes de recyclage, chacune utilise différentes formes de canaux afin de (re)donner vie à certaines pièces. Voyons ces différents modes de fonctionnement.

Mode responsable donner

A. Les collectes

On l’a tous aperçu, ce gros conteneur blanc avec écrit sur ses différentes faces « Le Relais » en lettre bleues. Aussi, les campagnes de collecte de vêtements de La Croix Rouge ou bien du Secours Populaire ne nous sont pas inconnues. Clairement, donner les pièces que l’on ne porte plus à des oeuvres de charité est une action relativement ancienne. Mais les ramener en boutique est un phénomène bien plus récent. En France, citons notamment les initiatives de BonoboCyrillus ou encore Kaporal qui organisent des collectes et incitent leurs clients à y participer en échange de bons de réduction. H&M a également beaucoup communiquer sur ses collectes et ses actions en faveur du recyclage de ses propres vêtements mais c’est un peu l’arbre qui cache la forêt lorsque l’on connait l’impact environnemental qu’a par ailleurs la production de ce géant de la fast fashion.

B. La réparation des pièces usées

Lorsque leur état le permet, certaines pièces sont réparées par les marques après les avoir récupérées. C’est le cas de Nudie Jeans par exemple, qui, outre le fait d’avoir un service gratuit de réparation, propose également des jeans en « Re-use ». Ce circuit parallèle, la marque le met principalement en place dans ses boutiques mais aussi sur sa boutique en ligne. L’offre y est cependant quelque peu différente puisqu’elle se traduit par des livraisons de petites quantités mis en ligne de façon périodique. Autre grand nom de jeans à proposer ce type de services, Levi’s. Via sa collection Levi’s Authorized Vintage, elle répare et customise (en partenariat avec RE/DONE) ses anciennes productions récupérées via des collectes pour les re proposer à la vente.

C. L’upcycling

On observe depuis quelques années maintenant un engouement certain pour l’upcycling. Si cette pratique ne date pas vraiment d’hier (Martin Margiela faisait défiler ses mannequins habillés en sac Franprix en 1989), cette tendance à réutiliser des vêtements (ou des chutes de tissu) s’inscrit une fois de plus dans cette volonté de consommer autrement. Mais plus que de faire littéralement du neuf avec du vieux, l’upcycling permet d’élever la pièce à un stade supérieur ou, plus simplement, de la faire évoluer dans un style qui ne lui était pas destiné à la base. En France, on citera par exemple Noyoco ou encore La Draft, qui ont fondé une partie de leur production sur ce principe.

Look Altitude Matire Pantalon

Pantalon Noyoco en laine recyclée

D. Organisation de la revente de ses propres vêtements d’occasion

La marque Patagonia a toujours été très engagée pour une mode plus responsable. Ses récentes initiatives en inspirant sans doute bien d’autres. Elle a mis à disposition des tutoriels afin d’entretenir et de réparer ses vêtements. (en partenariat avec IFIXIT). La marque californienne incite par ailleurs ses clients à lui rapporter les produits (Patagonia évidemment) qu’ils ne portent plus. Après un examen approfondi (et des réparations si nécessaires), elle les remet à la vente sur sa plateforme Worn Wear. Côté client, cela lui octroie un crédit (plus ou moins important en fonction de la pièce), qu’il peut réutiliser en boutique Patagonia ou sur les deux sites (neuf et occasion).

L’évolution de ce marché de la seconde main, ses perpectives et l’ensemble de ces initiatives, démontrent qu’il y a une réelle prise de conscience : l’industrie de la mode est une des plus polluantes mais ce n’est pas une fatalité ! En ville comme en ligne, l’offre de seconde main permet au consommateur désireux de faire des achats plus responsables, d’inclure cette alternative comme une possibilité crédible au moment d’acquérir un nouveau vêtement. C’est un signal clair envoyé aux marques qui se doivent non seulement de re penser leur manière de produire mais également de réfléchir à la seconde vie de leurs vêtements. Et vous, avez-vous le réflexe seconde main ?

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