Qu’est-ce qu’une bonne chemise ?

La démocratisation de la chemise sur-mesure nous fait penser qu’aujourd’hui nombre des codes, des signes sont perdus et qu’au fond on ne saurait plus réellement ce qu’est une bonne chemise, en terme de tissus, de coupe et de port. Le but de cet article n’est pas de vous faire réaliser que toutes les chemises que vous avez eu jusqu’ici sont imparfaites. Car une bonne chemise, dans le fond, c’est celle qui a une valeur sentimentale à vos yeux et que vous portez inlassablement depuis des mois, voire des années. Mais nous allons tenter de vous expliquer certains codes qui dans l’ensemble font qu’une chemise a de la tenue, aussi bien quand vous la portez que dans la manière dont elle est fabriquée.

Un beau tissu

« Avant même d’être tissé, c’est le coton qui se doit d’être beau. Un double retors ne doit pas être seulement doux et brillant à l’achat, mais il doit également s’avérer durable et donc bien se comporter au lavage. » Jean-Claude Coban, Directeur de Charvet.

Tissu chemise

Cette phrase prononcée lors d’une discussion avec Jean Claude Colban de chez Charvet, une des plus prestigieuses maisons de fabrication de chemises en grande mesure, est idéale pour aborder notre sujet. Car une chemise c’est d’abord un bon tissu. Pour la chemise, on parle généralement de double retors qui désigne la manière de tordre deux fils ensemble pour n’avoir qu’un fil continu plus résistant. Selon le coton utilisé et la finesse du fil, on lui donne un titre s’échelonnant de 0 à 200, plus le « titrage » du fil est élevé, plus le tissu est fin et plus il est cher. Pour vous donner une idée, si une chemise de prêt à porter est souvent faite d’un tissu 80 à 100, celles des grandes maisons sont faites de 170 à 200, un tissu qui est plus cher à l’achat. Si l’on rajoute le savoir faire de l’artisan, cela justifie qu’une chemise vaille certaines fois 300€ et plus.

De l’entretien

Si l’aspect d’un tissu est beau, doux et soyeux au moment de choisir votre chemise, vous vous rendrez compte de sa réelle qualité après plusieurs lavages. Les tissus sont généralement traités de nos jours, ce qui est sensé limiter leur rétrécissement après lavage, cependant il est inévitable (même s’il n’est parfois que peu perceptible). D’ailleurs en sur-mesure le tissu est parfois lavé avant d’être coupé, afin que le tissu ne rétrécisse pas une fois la chemises fabriquée. En ce qui concerne la méthode de lavage, c’est Stéphan Ricard, créateur de la marque Samson qui nous conseille :

« Tout d’abord, il est important de trier son linge afin de garder la couleur éclatante de ses chemises. Puis on lave à 30° maximum après avoir enlevé les baleines de ses chemises. En sortie de lavage en machine, la chemise va subir un choc thermique, il convient alors de la laisser sécher sur cintre et à température ambiante. Et surtout, ne jamais la mettre au sèche linge ! »

De beaux boutons

Une chemise de qualité sera dotée de boutons en nacre. La plus belle nacre, qui provient d’Australie, est très blanche avec des reflets irisés bleutés. Il existe des boutons en plastique « façon nacre », fréquemment utilisés par les marques pour des questions de coût, qui imitent très bien la nacre véritable. Pour les distinguer, une petite astuce: touchez-les. S’ils sont franchement froids, c’est certainement de la vraie nacre; s’il sont à peine froids, c’est plus probablement du plastique. Rappelons à l’occasion que les boutons d’une belle chemise sont blancs et plats.
Les boutons sont cousus selon 2 méthodes principalement: en parallèle, le plus courant; en croix, ce qui est généralement le cas sur les chemises de qualité.

De la tenue

« Une bonne chemise passe par un bon tissu mais également par la fabrication et par conséquent sa coupe. » nous apprend Michael Taieb, co-créateur d’Atelier Privé. Puis il nous détaille les points de repère clés à observer au moment de l’essayage de votre chemise : le col, les épaules, les manches, les aisselles, les pectoraux, le dos et la longueur. Sur ces points, je vous propose une synthèse de mes discussions.

Col chemise

Col

Si la forme du col n’a aucune incidence sur la qualité générale de votre chemise, il convient tout de même d’être averti sur quel col adopter selon le contexte, et selon votre morphologie. Si l’on porte une cravate et un costume, il sera préférable que le col soit rigide pour plus de tenue. Pour cela, on optera idéalement pour un col à baleines amovibles. Ce sont en fait des petites tiges rigides (généralement en plastique) que l’on glisse à l’intérieur des pointes du col.

Epaules chemise

Épaules

C’est un des points les plus importants, car il n’y a rien de pire qu’une chemise mal coupée aux épaules, tant d’un point de vue esthétique que de votre sensation quand vous la portez. Ainsi, l’idéal est que la couture des épaules arrive à la pointe de l’acromion (la protubérance osseuse), à la jonction entre le haut de l’épaule et la naissance du bras.

Poignets chemise

Manches

Vos manches doivent arriver idéalement au delà de l’os de votre poignet, au début de la main. Lorsque vous pliez le bras, le poignet doit rester un minimum couvert. Si elles sont trop longues ou trop courtes à l’essayage, ou encore si elles sont trop amples, vous pourrez les faire facilement retoucher. Un détail que l’on peut ajouter, qui reste cher aux puristes, est le décalage de l’emmanchure. Cela consiste à décaler la couture de la manche et celle du buste, sous l’aisselle. Cela permet d’éviter les inconfortables sur-épaisseurs de tissu au niveau des coutures. D’autre part, les emmanchures doivent être placées haut sous les aisselles, afin d’éviter les tensions sur le tissu lorsque vous bougez les bras et pour éviter que la chemise ne sorte du pantalon au moindre mouvement.

Pectoraux

Le placement de vos emmanchures ne doit pas former de mauvais plis au niveau de vos pectoraux, ni écarter la boutonnière à ce niveau. La chemise doit les épouser sans toutefois les coller comme une combinaison de Superman. Sinon, c’est qu’elle est petite pour vous.

Dos

La mode étant au cintré, à l’ajusté, beaucoup de marques ajoutent des pinces dans le dos des chemises. Cette coutures qui « pince » le tissu comme son nom l’indique, sert à supprimer l’excès de tissu en bas du dos, afin que la chemise épouse au mieux la courbure des reins. Ce n’est pas à proprement parler un signe de qualité, mais cela peut influer sur le tombé de la chemise, et donc le rendu général de la tenue. Le choix d’avoir ou non des pinces dépendra de votre goût, de votre morphologie, ainsi que la coupe générale de la chemise. Là encore, il est facile de faire ajouter ou retirer des pinces à une chemise chez un retoucheur.

Longueur

Si vous avez l’habitude de porter vos chemises dans le pantalon, elle doit être assez longue pour que vous puissiez lever les bras sans qu’elle n’en sorte. Ici l’idéal est que la dernière boutonnière soit cousue à l’horizontale. Cela évite certains plis, la tension sur les coutures, équilibre la boutonnière et donne plus de tenue à la chemise. Si vous la portez  hors du pantalon, n’utilisez pas la même chemise pour commencer, car elle serait bien trop longue. Préférez donc une chemise descendant jusqu’à mi-fesses environ.

Notre conseil : Sachez que la chemise blanche est un incontournable à posséder dans sa garde-robe.

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