Comment financer sa marque de mode ?

L’an dernier à la même période, nous lancions une série d’articles sur la mode et son fonctionnement. C’est pour répondre à certaines questions que nous avons l’avons débutée, dont certaines que l’on nous demande souvent et auxquelles nous-même ne savions pas quoi répondre. Comment lance-t-on sa marque de mode aujourd’hui ? Un sujet aussi vaste ne pouvait pas se traiter d’une seule traite. Ainsi, nous abordons aujourd’hui le thème très spécifique du financement. Après 10 choses à savoir pour lancer sa marque de mode, voici comment la financer :

Préambule

Avant de rentrer dans les détails techniques de cette partie, il est essentiel de prendre en compte tous les éléments cités dans l’article précédent. Car il est évident qu’un projet bien ficelé inspirera confiance sur sa viabilité et poussera ainsi de futurs investisseurs à prendre le risque de s’engager dans une aventure qui pourrait leur rapporter… mais aussi trop souvent leur faire perdre de l’argent. Ainsi, il faut veiller avant tout à présenter un projet ficelé en tout point : business plan clair, modèle économique viable, univers de marque bien défini, fournisseurs et clients potentiels, prototypes se rapprochant le plus possible du produit final, etc.

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Généralement, une marque de mode se conçoit au minimum à n-1 et demande de nombreux coûts avant même d’empocher un seul euro dans la poche. Si cela dépendra de chaque projet et de sa nature, on peut néanmoins rassembler certains besoins financiers communs à tous :

– Financer la première collection (matières premières, design, production).
– Prévoir un roulement d’un an.
– Dépenses en communication pour le lancement.
– Dépenses courantes.

Selon les prévisions de chiffre d’affaires, on adaptera en fonction. Par ailleurs, très rares sont les cas où une entreprise de mode réalise des bénéfices au cours de sa première année d’existence, ainsi il faut être prêt à faire une croix sur son salaire pendant cette période de temps au minimum. Ce postulat étant posé, détaillons désormais les méthodes de financement les plus courantes pour une marque de mode :

1. De sa poche

A moins d’avoir à l’image de personnalités politiques des « mystérieux donateurs » au portefeuille bien garni, la voie la plus naturelle pour financer sa marque de mode est indéniablement l’auto-financement : ses économies et celles de ses proches. Evidemment, selon l’ambition, le calcul des coûts du projet, ce n’est la plupart du temps pas suffisant pour englober la totalité de ce qu’il requiert. Ainsi, il sera nécessaire de prévoir un complément de financement via un des moyens cités ci-dessous.

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2. Banque

Lorsqu’on souhaite se lancer dans tout projet, le recours le plus traditionnel et le plus naturel est bien évidemment celui de la banque. En effet, solliciter un établissement bancaire pour un prêt d’argent avec taux d’intérêt est sans doute la solution la plus viable et la plus courante en matière de mode. Cependant, si on peut estimer que prêter de l’argent moyennant rémunération est une de leur fonction première, elles ne peuvent forcément la garantir pour tous. En effet, faire appel à une banque pour financer son entreprise est une véritable épreuve dans laquelle le solliciteur (vous) doit passer un entretien avec pour seule mission de convaincre. Là vient tout l’intérêt de ficeler à la perfection son projet en amont et de préparer tous les éléments naturels pour témoigner de sa capacité à le rentabiliser (étude de marché, business plan, bilan prévisionnel, etc.) Car évidemment, lorsqu’on s’adresse à une banque, il est indispensable de parler dans leur langage : les chiffres !

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Certaines données restent à prendre en compte en s’adressant à toute banque quelle qu’elle soit. Premièrement, elle ne pourra financer l’intégralité du projet et en assumera au grand maximum 70%. Il faudra donc avoir un apport plus ou moins conséquent. Aussi, comme pour tout cas de prêt, des garanties génériques seront demandées (se porter caution par exemple) et enfin, les taux pourront être négociés avec une courte marge de manoeuvre. En complément, il faut savoir que certains organismes peuvent assister à la création d’un dossier dans la règle de l’art comme la Fédération Française du Prêt-à-porter Féminin http://www.pretaporter.com Enfin , depuis 2012, l’Institut pour le Financement du Cinéma et des Industries Culturelles (IFCIC) sous l’égide du Ministère de la Culture propose d’accompagner les jeunes créateurs de mode avec le soutient des maisons Balencaga, Chanel et Louis Vuitton. Il propose ainsi deux solutions afin de financer ceux qui se lancent dans ce milieu difficile, notamment des prêts sous conditions allant jusqu’à 100 000€ avec taux d’intérêt de 4%. Aussi, pour soutenir la création vestimentaire de notre beau pays, il offre également la possibilité d’un fond de garantie pouvant atteindre 70% et ainsi faciliter l’accès au prêt bancaire.

Le site officiel de l’IFCIC : http://www.ifcic.fr

Prêt d’honneur

Par ailleurs, sachez qu’il existe une solution appelée Prêt d’Honneur s’adressant exclusivement aux créateurs ou repreneurs d’entreprises. C’est un prêt à taux 0 pouvant aller jusqu’à 50 000€ de financement et duquel il faudra témoigner un usage pour des investissements de départ (matériel, aménagement des locaux, etc. et un besoin en fonds de roulement. Encore une fois, les projets jugés comme les plus viables et le plus innovants auront plus de chances d’accéder à ce financement exceptionnel. Pour présenter son dossier, il convient de s’adresser à des organismes spécialisés dans le financement d’entreprises liés à des banques comme : Réseau Entreprendre, Initiative France, BPI France, Nacre ou ADIE

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3. Financement participatif

S’il est désormais amplement répandu, piqûre de rappel avec une définition du financement participatif. Une entreprise X souhaite trouver des investisseurs pour mener à bien son projet concrètement sans passer par un circuit traditionnel (car elle n’y parvient pas, ou qu’elle désire gagner du temps). Elle présente donc son projet via une plateforme qui va servir à la mettre en relation avec ses futurs financeurs, uniquement des particuliers. Dans son pitch qui fait office d’entretien d’embauche virtuel, l’entreprise doit afficher clairement ses besoins chiffrés et les contre-parties qu’elle compte rétribuer selon le niveau de financement apporté. Il faut savoir qu’un particulier peut selon la loi, prêter 1 000€ avec intérêts et 4 000€ sans intérêt pour chaque projet. Généralement, les rétributions son diverses, généralement un produit de la marque a tarif préférentiel. Que représente la mode pour ces plateformes ? C’est Raphaëlle, Success Manager chez Ulule qui nous en parle :

« Il y a des projets de toutes sortes sur Ulule et la mode représente moins de 5%, mais au total ce sont quand même plus de 900 projets mode qui ont été lancés depuis 2010. C’est l’une des catégories les plus dynamiques d’Ulule et des projets divers y sont financés (lancement de marque, participation à un salon, ouverture de boutique) avec en tout plus de 55% de réussite, soit le meilleur des taux des plateforme de crowdfunding basées sur un système de récompense. De plus, on remarque que la contribution moyenne pour ce type de projet est plus élevée, 61€ en moyenne, par rapport à la contribution moyenne, 50€, sur la plateforme toutes catégories de projets confondues. »

kisskissbankbank financement participatif

Ces dernières années, il semblerait que le financement participatif soit devenu le moyen le plus répandu et le plus sûr pour mener à bien son projet de création dans la mode. Néanmoins, toutes ces belles histoires que l’on entend, toutes ces entreprises qui ont percé en ayant levé 500% des fonds dont ils estimaient avoir besoin ne sont qu’une partie émergée de l’iceberg. En effet, le financement participatif ne peut forcément garantir un degré de réussite supérieur à une offre de financement. C’est néanmoins un raccourci de taille puisqu’il représente une rampe de lancement rapide et met en contact direct une marque avec ses acheteurs potentiels, permettant de fidéliser avant même son lancement officiel en l’échange d’une commission sur le total de la levée de fonds de 5%. Les bienfaits de passer par une plateforme de financement participatif, c’est Raphaëlle, Success Manager chez Ulule qui nous en parle :

« Faire une campagne c’est à la fois pour récupérer des fonds mais surtout donner de la visibilité à son projet, tester le projet auprès de la foule, recruter vos premiers clients, bénéficier de retours (commentaires, critiques…) des internautes, bâtir une communauté de soutiens qui vous suivront tout au long de la vie du projet, faire effet de levier plus facilement auprès d’autres financeurs quand le projet a réussi… Les aspects extra-financiers d’une campagne sont souvent bien plus précieux que l’argent. Ulule met à la disposition de ses porteurs de projet tout un écosystème qui leur permettra d’aller plus loin que la simple collecte de fonds. »

Quelques adresses :
– Kickstarter : https://www.kickstarter.com
– Kisskissbankbank : https://www.kisskissbankbank.com
– Ulule : https://fr.ulule.com

4. Business angels

Un business angel (traduction littérale « ange d’affaires ») désigne une personne physique (en opposition à une institution) que l’on pourrait qualifier d’investisseur providentiel lors de cette période compliquée de toute entreprise, à savoir ses débuts. Il se démarque de tout autre type de financement par sa faculté à mettre à disposition ses compétences, son expérience, ses réseaux et une partie de son temps afin d’assister son lancement. C’est donc une véritable aubaine pour toute jeune marque lorsqu’une telle aide accompagne son lancement. Si le phénomène prend de l’ampleur en France, il reste néanmoins beaucoup plus populaire chez les anglo-saxons et on recense par exemple quelques 10 000 investisseurs contre 50 000 au Royaume-Uni.

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Pour entrer en contact avec ce type de personnes, il faut souvent passer par des organismes spécifiques sous forme de réseau associatif ou « SIBA » (société d’investissement de business angels) les regroupant de manières diverses. L’intérêt de leur prise de risque est évidemment financier, fiscal et leur permet par la même occasion de transmettre leur savoir. Une nouvelle fois, il faudra montrer un projet séduisant comportant les éléments cités plus haut pour convaincre tout business angel d’investir dans une entreprise. Mais plus que pour toute autre source de financement, la dimension humaine revêt ici une importance majeure puisqu’il deviendra un nouveau membre du projet.

Quelques adresses :
– Le réseau Mode Business Angels de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin et de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris http://www.pretaporter.com
– France Angels, la Fédération des réseaux de business angels http://www.franceangels.org : on y trouve une liste de business angels classée par régions.

Les anges d’internet

Depuis quelques années est né ce nouveau moyen d’obtenir des financements. Exclusivement par internet, sur un modèle oscillant entre crowdfunding et business angels, des sites proposent de mettre en relation une entreprise avec des particuliers désireux d’investir dans des projets. C’est aussi simple que cela, et fonctionne de la même manière qu’une plateforme sur laquelle on investit dans un produit. Cela peut être un moyen efficace de financer des nouveaux projets une fois sa marque lancée. L’exemple le plus criant est la marque M. Moustache que vous connaissez si vous nous suivez et qui est parvenu à faire une levée de fonds conséquente via le site https://www.smartangels.fr. C’est Antoine, fondateur de la marque qui nous en parle :

« Grâce à ce système, nous avons pu obtenir des chiffres que l’on n’aurait pas pu atteindre par d’autres moyens, faute de contacts ou de frilosité de la part des investisseurs potentiels. Ainsi, en 2015, année charnière pour notre entreprise, nous avons pu entre autres obtenir des financements pour une production plus importante, agrandir notre équipe et ouvrir des boutiques en nom propre. Au final, le concept reste de céder des parts de notre entreprise mais contractuellement, les nouveaux entrants n’ont aucun pouvoir décisionnel. Légalement, ils sont seulement légitimes pour assister à une assemblée générale annuelle. Nous n’avons aucun contact avec 80% d’entre eux, et cela est restreint pour les autres, même si de temps à autres ils nous donnent des conseils. »

5. Subventions

A proprement parler, il n’existe pas de subvention aidant à la fondation concrète d’une marque de mode pour ce qui est de sa structure. La seule subvention existante concerne les salons de prêt-à-porter et on peut l’affirmer, c’est une étape cruciale dans le début d’une aventure vestimentaire car elle permet de créer un contact avec des acheteurs du monde entier. C’est le Comité de Développement et de Promotion de l’Habillement (aussi appelé DEFI) qui en association avec la Fédération Française du Prêt-à-porter Féminin aide les jeunes entreprises de mode à financer jusqu’à 75% des frais liés à la tenue d’un stand sur un salon parisien ou international contre la cotisation d’une taxe. Pricilla, Directrice du service Entreprises de la Fédération gère habituellement ces démarches :

« La subvention DEFI est allouée contre le versement d’une taxe qui se voit ensuite redistribuée aux entreprises pour financer leurs opérations d’expansion. Un nouveau dossier passera entre les mains d’un comité d’expert et sera étudié sur des critères stricts. Généralement, il est compliqué pour une jeune marque d’accéder à une telle subvention car il faut attester d’un certain potentiel de développement. »

– Site officiel du DEFI : http://www.defimode.org
– Procédure à suivre : http://www.pretaporter.com/defi_etapes.aspx

Lien utile

– La CCI de Paris a publié sur son site une liste de toutes les aides liées au financement et au lancement des entreprises de mode : http://www.cci-paris-idf.fr

Conclusion

Les moyens de trouver des financement lorsqu’on est une jeune marque et/ou que l’on estime être à un pallier qu’il faut franchir son divers. Souvent, il faudra monter des dossiers impeccables, rester accessible au quotidien et redoubler d’efforts pour convaincre. Gardez aussi en tête qu’une entreprise bien gérée aux plans à court, moyen et long terme bien définis incitera plus un investisseur potentiel à s’intéresser à une marque de plus près. Enfin, lorsqu’on commence à évoluer dans un certain environnement, tous les éléments qui le composent peuvent se transformer en actionnaires d’une marque. Antoine, fondateur de M.Moustache a utilisé son relationnel comme moteur pour sa marque :

« Si je peux donner un conseil à ceux qui débutent, essayez de vous entourer d’un maximum de personnes, car tous ceux qui gravitent autour de votre marque peuvent être des investisseurs potentiels sans que vous ne les soupçonniez. Restez donc en séduction passive et parlez de vos projet sans les dévoiler totalement pour les inciter à miser sur vous ».

Merci à Pricilla, Directrice du service Entreprises de la Fédération du Prêt à Porter Féminin http://www.pretaporter.com
Raphaëlle, Success Manager chez Ulule https://fr.ulule.com
Antoine, fondateur de M.Moustache http://www.m-moustache.com

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