Interview d’Hervé de SEYES

HERVE, LA MARQUE SEYES SE CARACTERISE AVANT TOUT PAR SON ENGAGEMENT ECOLOGIQUE ET ETHIQUE. CES TERMES SONT PARFOIS MAL COMPRIS ET EMPLOYES A TORD, COMMENT LES EXPLIQUEZ VOUS ?

Chez Seyes, nous avons tenté d’adopter un découpage des terminologies qui nous semble compréhensible : Ethique = écologie + social + sanitaire = respect de l’environnement (écologie) + respect des producteurs (social) + respect de la santé des clients (sanitaire) Mais l’éthique seul ne suffit pas, il faut que le produit soit plaisant, stylé et rentable ; il faut qu’il soit économiquement viable. En d’autres termes l’éthique doit servir l’économique (et vice-versa évidemment !). Ainsi : Ethique + Economique = Durable.

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C’est pourquoi “écologique “et “éthique” ne sont pas en confrontation mais imbriqués. Le risque vient plutôt de ce que les marques mettent réellement et concrètement derrière ces définitions.
Il est facile de dire que l’on fait de l’écologie. Encore faut-il dire les actions concrêtes et définir où l’écologique commence et où elle s’arrête. Et le seul moyen pour le consommateur de s’y retrouver est, aujourd’hui, de questionner les marques sur leurs méthodes de fabrication et les actions concrêtes qui se “cachent” derrière leurs belles déclarations !

En somme, pour ma part, je pense que l’éthique réside plus dans la transparence que dans un jugement de valeur sur ce qui est bon ou non. Par exemple : le travail des enfants en Inde et en Europe n’est pas vu pareil et pose des problèmes déontologiques et de jugements subjectifs. C’est pourquoi la notion de transparence (d’honnêteté tout simplement !) me paraît essentielle. C’est pourquoi Seyes a tenté d’éduquer sa clientèle à la filière textile grâce à un document détaillant chaque étape de la fabrication de ses vêtements et indiquant les actions menées à chaque étape. Ainsi, quand nous parlons de “produit biologique”, nous faisons comprendre que c’est le coton qui est bio, pas la teinture, ni le produit fini ! En effet, ce sont les produits agricoles qui peuvent être qualifiés de bio (on ne cueille pas un t-shirt sur un arbre). Ceci est valable pour la notion de commerce équitable. Qu’est-ce qu’un “vêtement équitable” : un article dont seule la confection est réalisée dans des petits ateliers ? Ou un article dont à la fois la confection, la teinture, l’agriculture des matières premières etc… respectent les principes du commerce équitable ?

Pour conclure, quand on entend parler de “t-shirt, pull, chaussure, sac… équitable ou écologique”, il est essentiel d’analyser un minimum les étapes de fabrication de ses articles pour comprendre si les déclarations faites par les marques sont fondées ou non, partielles ou non, mensongères ou non.

QUEL REGARD PORTEZ-VOUS SUR L’EVOLUTION DE LA MODE ETHIQUE ? (EN QUELQUES MOTS CAR JE SAIS QUE LE SUJET VOUS PASSIONNE ET VOUS POURRIEZ NOUS EN PARLER TRES LONGUEMENT ;)

Plusieurs indicateurs confirment que la mode éthique passe de “tendance” à “évolution profonde”. En effet, tout a commencé avec quelques marques pionnières (dont Seyes) ayant donné l’impulsion mais on voit que de plus grands acteurs s’y mettent. Petit à petit, certes mais de plus en plus. La couverture médiatique est également de plus en plus importante et tout le monde s’accorde à dire que le développement durable est un sujet essentiel.

De plus, le vêtement fait partie des besoins primaires : manger, s’habiller, boire, se reproduire ! On est pas prêt de ne plus utiliser de vêtements, il est donc légitime pour la mode éthique de transformer durablement les modes de production de nos bouts de tissus préférés !

VOUS ETES TRES TRANSPARENT SUR VOTRE MANIERE DE PRODUIRE (ON TROUVE SUR LE SITE UN SCHEMA TRES COMPLET), QUELLES SONT DANS LES GRANDES LIGNES VOS ETAPES DE PRODUCTION ?

Tout commence en Inde, dans un projet de coton biologique, dans la région du Madhya Pradesh. Là-bas, vivent plus de 5000 cotonculteurs qui sont formés, suivis et dont l’achat des récoltes de coton biologique (écologie) est garantie pendant 5 ans à un prix de 20% au-dessus du cours du marché (social / commerce équitable). La transformation du coton brut (le coton fraichement récolté) en fil écru (bobine de fil non teint) est réalisé dans la même région dans des ateliers certifiés SA 8000 (respect des droits de l’Homme assuré). Ensuite, ce fil prend le bateau (mode de transport le plus écolo) et arrive en France où le reste de la fabrication est réalisée : teinture de ce fil, tricotage puis confection. Le but du “Made in France” est triple : profiter des réglementations environnementales europénne et nationale, fabriquer des produits de qualité supérieure, lutter contre les délocalisations et maintenir les savoir-faire.

Interview d'Hervé de SEYESVOUS AVEZ COMMENCE PAR PRODUIRE DES PULLS MAIS VOUS AVEZ DU ARRETER ?

Malgré notre volonté farouche de participer au maintien des emplois dans l’Hexagone, nous n’étions pas assez forts pour éviter l’arrêt de l’activité de notre fabricant en janvier 2007 qui a subit de plein fouet la perte d’autres clients ayant décidé de délocaliser leurs productions. Ayant une connaissance approfondie des bassins textiles en France et après avoir cherché, nous en avons conclu qu’il n’était plus possible pour Seyes d’envisager continuer à fabriquer des pulls haut-de-gamme en France selon notre cahier des charges stylistique et qualitatif. Nous avons donc tout remis à plat !

QUELS SONT VOS NOUVEAUX PROJETS ?

Plutôt que de délocaliser nos productions pour baisser nos coûts de revient sur des articles longs à fabriquer, nous avons préféré rester en France et réaliser des produits nécessitant moins de temps de travail mais avec des couturièr(e)s toujours bien payé(e)s. Résultat : nous allons lancer une gamme de plus de 30 écharpes à l’automne. Moins de couture, pas de tailles, un tissu plus rapide à fabriquer, etc… Le tout sans toucher à la qualité et en présentant Seyes comme LA marque des écharpes, comme certaines marques ne font que des casquettes, des sacs à dos… Ceci nous laissera également plus de temps pour développer et élargir notre gamme tout en développant de nouvelles filières (teintures végétales par exemple) et en travaillant à réduire toujours plus notre impact environnemental.

Merci à Hervé pour cette interview. Hervé est vraiment un passionné, convaincu des valeurs qu’il défend, qui personnellement m’a donné encore plus envie de m’y intéresser. Je vous invite vivement à découvrir SEYES et à suivre son actualité.

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