Conseils pour vaincre sa timidité

Sans trop savoir pourquoi, j’ai longtemps hésité sur la meilleure manière d’amener cet article. Et puis j’ai fini par comprendre la raison de cette hésitation : après plusieurs années sans parution sur CommeunCamion, je ne sais plus trop à qui je m’adresse.

Avant (je veux parler des années 2006-2009, autrement dit le moyen-âge en échelle de temps web), les choses étaient assez caricaturales : à la simple association des mots “conseils” et “séduction” dans le même article, c’était la guerre des tranchées dans les commentaires. Les femmes se révulsaient et les hommes se gaussaient gentiment (dans le meilleur des cas). Depuis, à la suite d’innombrables déclinaisons de mon concept (ou, pour le dire plus directement, des copies), tout ça s’est démocratisé. Conséquence : il est désormais admis de pouvoir lire les mots “comment séduire” sans assimiler leur auteur à un dangereux terroriste de la pensée et des sentiments (pour ceux qui ne me croiraient pas, lisez les commentaires d’époque, c’était un délire d’avis contradictoires digne des manifestations pro et anti mariage gay).

Et paradoxalement, c’est quand il est désormais permis de parler de séduction “hors des milieux autorisés” que je ne vais pas le faire. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est moins la manière d’aborder une fille dans le métro que de se débarrasser de ce boulet appelé… la timidité.

Commençons par un petit QCM anti idées reçues

1) Idée reçue n°1 : on serait “tous timides”

Non. Même si ça permet à ceux qui le sont de se rassurer, la vérité est que, à événement égal, personne n’a le même niveau de stress. Chez certains c’est très faible, de l’ordre du bruit de fond, et chez d’autres c’est suffisamment gênant pour modifier carrément le comportement. Vous avez déjà ressenti de l’appréhension à appeler quelqu’un au téléphone ? Peut-être même alors que cette personne, attendait / espérait / désirait votre appel ? Vous avez finalement opté pour l’option de lui écrire un email ou un texto à la place ? C’est votre choix, mais d’autres auraient appelé. Et d’autres se seraient déplacés, histoire d’être sûr que le message passe.

Non, tout le monde n’est pas timide. Excuse non valable.

Belle inconnue

2) Idée reçue n°2 : “un mec timide, c’est mignon”

Euh, où ça exactement ? Au cinéma ? Parce que dans la vie, comment dire… Non, pas vraiment.

3) Idée reçue n°3 : il suffit de “se prendre en main”

“Il faut que tu prennes confiance en toi”. Ok, moi je veux bien, mais il se trouve où, exactement, le rayon confiance en soi ? A côté des Granola ? Ou bien aux boissons, au niveau du Red Bull ? Il y a des expressions qui se propagent depuis la nuit des temps sans que personne n’ait la moindre idée de la façon de les mettre en oeuvre dans le réel… et celle-ci en fait partie !

Dire à un timide qu’il lui suffit de “prendre confiance en lui”, c’est du même niveau que faire faire du footing à quelqu’un qui viendrait de se sectionner le tendon d’Achille. Et je sais de quoi je parle, j’ai sectionné le mien l’année dernière. Je vous déconseille, surtout avant l’été.

Après le QCM, les exos

Les exercices suivants sont tirés (en version ultra résumée bien sûr) d’une méthode que j’ai développée pour venir à bout de sa timidité.

1) N’attendez plus votre tour pour intervenir dans une conversation

J’avais un ami en prépa que l’on appellera Fabien (notamment parce qu’il s’appelait Fabien). En binôme, nous discutions comme on joue au ping pong, du tac au tac, et nous riions comme des forcenés sans nous poser de questions (et sans écouter les cours, ce qui a fini par causer d’irrémédiables dommages au niveau des concours, m’offrant le privilège d’un magnifique “demi-point” (oui, 0,5 sur 20) à l’épreuve de physique de Centrale à ma première tentative, mais c’est du passé, et Centrale ne m’aurait pas vraiment aidé dans mon métier. Bref, on se fendait bien la poire avec Fabien, mais à deux et uniquement à deux !. A partir du troisième larron dans la bande, c’était une autre histoire, on ne l’entendait plus. Et à 4 ou 5, on pouvait carrément l’oublier, il faisait jeu égal avec les murs. Une tombe. Un fantôme. L’homme invisible, sans les bandes sur la tête.

Fabien n’est pas le seul dans ce cas, à n’oser intervenir dans une conversation de groupe. Et je parie que je sais pourquoi. Fabien, comme tous les timides, commettait cette erreur – qui n’est pas une erreur au sens logique, mais qui l’est au sens des dynamiques sociales – de croire que la parole se donne, alors qu’elle se prend. Dans un monde illusoirement parfait, chacun parlerait un temps égal, puis ferait tinter un gong comme aux échecs et passerait la parole à son voisin. La réalité d’une discussion ressemble plutôt aux plateaux tv remplis de chroniqueurs décrits par Ollivier Pourriol dans l’excellent On/Off (Editions XXX): le monde appartient à ceux qui parlent tôt, c’est à dire qui savent prendre la parole avant que l’autre ne l’ait en sa possession et sans que celui-ci ne s’en offusque.

Bref, n’attendez plus qu’on vous donne la parole, apprenez à la prendre. Dégainez quelques secondes avant, ça ne vous tuera pas ; bien au contraire.

revoir

2) Les questions sont faites pour être posées à d’autres, pas à vous-même

Cela fait 15 minutes que vous voulez lui demander. Elle ressemble tant à cette fille qui vous plaisait il y a des années dans le train, et que vous n’aviez osé aborder (parce que c’était l’époque où vous vous moquiez de mes conseils séduction). Voilà donc 15 longues minutes que vous auscultez du coin de l’oeil, avec une discrétion que vous croyez plus-que-parfaite, chaque partie de son anatomie à la recherche d’un détail qui vous permettrait d’y voir clair. Non, ça ne peut pas être elle, elle n’avait pas cette petite bosse sur le nez. Et si vous ne l’aviez pas vue à l’époque ? Oui, c’est peut-être ça. Non, à la réflexion, c’est peut-être son nez. Mais sa taille : vous l’aviez vue plus grande, est-ce parce qu’elle est assise ? Et si je multiplie le carré de l’hypoténuse de la longueur de son fémur par la largeur de son bassin, est-ce que j’obtiens la racine de mon souvenir ?

Stop. Arrêtez de faire les questions et les réponses. Vous avez une question à destination d’une personne ? Demandez-lui à lui (à elle, en l’occurence), pas à vous, puisque vous n’en savez rien !

On appelle ça le piège du dialogue intérieur. Un petit bâtard, celui-là. Faites-lui la peau.

3) Je donne une chance aux gens

Avez-vous remarqué à quel point on a l’air sérieux quand on est concentré ? Penser à autre chose, être ailleurs, tout cela donne l’air sérieux. Pas méchant, pas intimidant, juste sérieux… Sauf pour le timide, qui interprète tout comme une volonté hostile à son égard.

La vie est stressante. La ville est (encore plus) stressante. Conséquence : les gens sont perclus de pensées parasites, de doutes… sans compter les smarphones et autres écouteurs. Ne confondez pas absorbé et intimidant, donnez la chance aux gens de vous surprendre et de se révéler beaucoup plus ouverts en réalité que vous ne les aviez jugés. C’est souvent le cas!”

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Et maintenant, si vous jouiez à évaluer votre propre timidité ? Ca se passe par ici, et c’est en vidéo : http://www.vaincrelatimidite.fr
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