L’histoire de la chemise à carreaux

Quand on pense à la chemise à carreaux on s’imagine immédiatement un bûcheron canadien dégoulinant de virilité, seul face à la forêt vierge. Cette image que l’on a tous en tête fait partie des clichés génériques sur les Etats-Unis et l’Amérique du Nord en général. Pourtant, c’est bien avant sa toute première apparition outre-atlantique que la chemise à carreaux est née, dans les pays celtes tels que l’Irlande et l’Ecosse. Cette pièce aujourd’hui devenue culte est présente dans nos penderies en plusieurs exemplaires, dans toutes les friperies berlinoises et même à Hollywood. Tachons de comprendre l’origine du mythe en retraçant son histoire :

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Des origines celtes

On ne peut bien évidemment pas parler de la chemise en carreaux sans évoquer le tartan. Il s’agit d’un imprimé fait de bandes horizontales et verticales de différentes couleurs perpendiculaires. A l’origine, on le retrouve sur des étoffes de laine tissées que l’on appelle plaid écossais. Même s’il semblerait que l’on ait retrouvé son ancêtre aux alentours de l’an 100 avant J-C, fabriqué par de vieilles populations celtiques, il est bel et bien écossais. En Ecosse chaque motif tartan désigne une appartenance à un clan particulier, chaque famille possède son motif unique. Après la bataille de Culloden (27 avril 1746) entre les clans écossais des Highlands et l’Angleterre, les autorités britanniques souhaitèrent éradiquer tout symbole de la culture écossaise et interdirent le port du tartan en 1747 (puisqu’il devint par conséquent symbole d’opposition à l’Angleterre). Le prince Charles Edward Stuart, à l’origine de la rébellion contre l’Angleterre, portait à l’époque ce qui s’apparente aujourd’hui à une chemise à carreaux.

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Le prince Charles Edward Stuart

Une icône aux USA

La chemise en tartan a traversé l’océan Atlantique pour se retrouver aux Etats-Unis. Les américains ont ce don de créer des objets iconiques à partir de ce qui pourrait sembler banal, la chemise à carreaux en est l’incarnation parfaite. Comment est-elle parvenue jusqu’en Amérique ?

De son arrivée aux Etats-Unis aux cowboys

La légende veut qu’un descendant du clan écossais McCluskey a débarqué au début du 19eme siècle dans le Montana et aurait échangé des couvertures de tartan aux amérindiens contre des peaux de buffle. A la même période, John Rich, fils d’un cardeur de laine anglais, quitte Liverpool pour s’installer en Pennsylvanie afin de fonder l’usine à laine Woolrich Woolen Mills. Les produits qui en sont issus à l’époque sont conçus afin que les pionniers, les bûcherons et les agriculteurs puissent lutter contre les conditions climatiques extrêmes. En 1850, sous sa marque éponyme Woolrich propose un modèle nommé Buffalo, une chemise à carreaux réguliers et imposants rouges et noirs. Les rumeurs disent que le nom de Buffallo viendrait du fait que Rich élevait des buffles en parallèle de ses activités dans la laine. Quoiqu’il en soit, la chemise à carreaux rouges et noirs appelée “red plaid shirt” aux Etats-Unis connait un succès immédiat et continu. Alors que l’on est en pleine conquête de l’Ouest durant la seconde moitié du 19ème siècle, il n’est pas rare de voir débouler sur leurs chevaux de vaillants cow-boys affublés de santiags et de la fameuse chemise buffalo.

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Usine Woolrich Woolen Mills au 19ème siècle
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De la 1ère guerre mondiale à la période grunge

En 1914, un personnage de bande dessiné représentant le style de vie des américains est créé ; Paul Bunyan, un bûcheron portant la désormais célèbre chemise quadrillée. Fin des années 20, la société de laine Pendleton décide de créer elle aussi des chemises en laine à carreaux. Leurs chemises au style plus sportswear ne sont pas conçues uniquement pour les travailleurs mais pour tous. Après la seconde guerre mondiale la marque va même concevoir une gamme de chemises pour femme.

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La chemise en laine à carreaux est en permanence restée sur le devant de la scène au cours des années qui ont suivies sa création. Dans les années 60, le groupe américain Beach boys va définitivement agrandir la popularité de la chemise en portant un modèle de la marque Pendleton sur la couverture de leur album Surfer girl. A la fin des années 70 c’est la sexy Daisy, de la série Shérif fais-moi peur, qui va se vêtir de la fameuse chemise, ou encore les personnages de La petite maison dans la prairie. Puis, dans les années 80, c’est le phénomène Steve Urkel dans la série Une drôle de famille qui s’habillera de carreaux. Arrivons-en aux années 90, et plus qu’un style musical, le grunge devient un vrai style de vie avec ses propres codes vestimentaires dont la fameuse chemise comme nous le montre le leader de Nirvana Kurt Cobain.

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La chemise à carreaux toujours tendance ?

Si on remonte à la naissance du tartan on peut dire que la chemise à carreaux est aujourd’hui âgée de plus de 200 ans. Elle ne semble pourtant pas avoir pris une seule ride. Depuis une bonne vingtaine d’années, de la période grunge à aujourd’hui, on peut dire qu’on en a vu défiler du carreaux, un peu trop peut-être, de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Ils sont partout mais sont-il toujours aussi tendance ? La réponse est clairement oui !

La grande distribution et la haute couture

Les géants de l’industrie textile comme H&M ne font pas une collection sans une nouvelle chemise à carreaux. Ils n’hésitent d’ailleurs pas à proposer des mélanges de matières et des couleurs douteuses pour innover. On est bien loin de la bonne vieille chemise en laine bicolore mais parfois plus sur du quadricolore (Bruno Vandelli est décidément partout). Elle reste toutefois un incontournable de la mode masculine. Le motif en général ne connait pas la crise, il revient chaque année sans vraiment disparaître. On le retrouve également sur les podiums des plus beaux défilés et les collections des plus grands créateurs comme Yves Saint-Laurent ou encore Marc Jacobs.

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Chemise Yves Saint-Laurent

Les hipsters et les friperies

Même si les principaux concernés ne sont pas favorable à l’appellation “hipsters“, appelons un chat un chat. La moustache frétillante, la casquette vissée sur la tête, le jeans moulé à même la cuisse, le hipster se doit d’aller fouiner dans toutes les friperies afin de dénicher sa chemise à carreaux. Cela reste une des pièces les plus présentes dans les fripes du monde entier et dans les armoires des hipsters. A la façon des Paninaro en Italie au milieu des années 80, ils sont en partie responsable du succès actuel de la chemise à carreaux.

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Les stars n’y résistent pas

Si les hipsters s’y sont mis autant dire que le tout Hollywood aussi. Depuis des années, on retrouve cette chemise sur les épaules des plus grandes stars. De Beyonce à Jay-Z en passant par Kate Moss, Pharrel William, Terry Richardson ou encore Ashton Kutcher. Encore plus que les hipsters, les stars font la mode, il s’agit donc un cercle vicieux où le carreaux est roi.

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Ou trouver une chemise à carreaux ?

Vous n’aurez pas de mal à trouver des chemises à carreaux et ce pour un budget très modeste. Les plus basiques peuvent être trouvées dans une boutique vintage ou chez des enseignes à petits prix type H&M, Topman. Pour une cinquantaine d’euros vous trouverez une chemise à carreaux dans la plupart des marques de denim. Et des modèles plus élaborés dans de belles matières avec de belles finitions chez les marques de créateurs.

Chemises à carreaux

(1) Topman 40€
(2) Dickies 49€
(3) Wrangler 49€
(4) Drapeau Noir 120€

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