Gallet : la première collection depuis sa renaissance sous Breitling
Cette montre a chronométré le premier vol motorisé de l’histoire, et vous n’en avez probablement jamais entendu parler. Le 17 décembre 1903, à Kitty Hawk, les frères Wright décollent pour douze secondes. Au sol, un chronomètre de poche mesure l’exploit. Il est aujourd’hui conservé au musée de l’Air et de l’Espace de Washington, et il est signé Gallet. Deux cents ans après sa création, la marque renaît sous l’aile de Breitling. Nous étions à sa présentation parisienne, au 10 rue de la Paix, et nous avons pu échanger avec Alexandre Rodrigues, Head of Product chez Gallet.

« The Sun », le modèle de chronomètre de poche utilisé par les frères Wright en 1903
Une histoire liée à l’exploration
Gallet est fondée en 1826 à La Chaux-de-Fonds en Suisse par Julien Gallet. La marque s’exporte très tôt aux États-Unis, dès les années 1850, et y est distribuée par Louis Strasburger. C’est d’ailleurs lui, et non Gallet, qui dépose le nom « The Sun », celui du modèle que les frères Wright emportent à Kitty Hawk.
« La marque était très forte aux États-Unis », nous confirme Alexandre Rodrigues.
« Elle a été parmi les premières à y ouvrir des bureaux d’importation de montres. »
La Multichron Clamshell | Le Multichron Regulator
Suivent deux dates qui comptent. 1938, avec la Multichron Clamshell, l’un des premiers chronographes réellement étanches. Son nom ne renvoie pas à la forme du boîtier mais à sa fonction : celui-ci se referme sur le mouvement comme un coquillage pour le mettre à l’abri de l’eau et des poussières, un principe que d’autres marques reprendront ensuite. Puis 1939 et la Flying Officer, née d’un besoin concret : à l’époque, relier Paris à Bangkok impose une succession d’escales pour refaire le plein, et les pilotes doivent recaler leur heure à chaque arrêt. Gallet dessine un chronographe dont le cadran porte des noms de villes. Harry Truman, futur président des États-Unis, en reçoit un à Noël et le décrit comme la montre la plus élaborée qu’il ait jamais vue.
La Flying Officer d’origine, et son anneau de villes
Sur ce modèle d’époque, l’anneau raconte un monde disparu : London-Paris, Tokio avec un i, Havaï. Autant de repères qui en disent autant sur l’aviation des années 30 que sur la géographie politique de l’époque. Gallet revendique aussi l’un des tout premiers world timers.
« Une chose est sûre : nous étions parmi les tout premiers. C’est d’ailleurs une montre qui a été brevetée dans ces années-là. »
Gallet connaît encore de belles années. La marque reste une référence du chronographe jusqu’au tournant des années 70, portée par ses modèles d’aviation et par sa position aux États-Unis. Puis vient la crise du quartz, qui l’emporte comme tant d’autres maisons suisses. Il faudra attendre Breitling, et plusieurs années de recherches, pour la voir réapparaître.

Alexandre Rodrigues, Head of Product chez Gallet
Le travail de reconstitution s’est fait à deux niveaux : avec l’équipe héritage de Breitling, deux ou trois personnes qui cherchent en continu, et avec les collectionneurs.
« Il existe toute une communauté d’enthousiastes à travers le monde, qui nous ont aidés à définir quelles étaient les montres Gallet les plus iconiques, celles à côté desquelles nous ne devions surtout pas passer. »
Une phrase résume la méthode :
« Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. »
Quatre collections, trois familles
La Flying Officer est au cœur de la relance. Boîtier de 40 mm, déclinée en automatique trois aiguilles, plus fine et pensée unisexe, à partir de 2 600 €, et en chronographe à partir de 4 100 €. Dans les deux cas, un calibre Gallet sur base Sellita, avec 65 heures de réserve de marche sur le chronographe.
Son signe distinctif reste l’anneau des vingt-quatre villes, entièrement redessiné parce que les fuseaux horaires ont beaucoup changé depuis les années 50. Les villes ont été choisies pour ce qu’elles évoquent plutôt que pour leur importance économique : Nairobi, Ushuaïa, Thimphu, Angkor Wat. New Delhi a été ajoutée pour sa particularité, un demi-fuseau à cinq heures trente. Détail amusant appris pendant la présentation : les couleurs rouge et noir de l’anneau ne signifient rien de particulier, elles servent uniquement la lisibilité.
« Dès qu’on la voit au poignet, on sait que c’est une Flying Officer. »
Notre coup de cœur dans cette famille va à la Flying Officer Chronograph 40 à cadran noir montée sur cuir marron. Le brun réchauffe le cadran et tire la montre vers un registre encore plus aventurier, ce qui colle exactement au propos de la marque. Notre cœur balance pourtant avec la version à cadran bleu ciel, associée à son bracelet en tissu beige. Le bleu n’existait pas à l’origine, et Alexandre Rodrigues l’a reconnu sans détour :
« C’est une réinterprétation. On s’est dit qu’on restait dans le domaine de l’aviation, de l’air, et il faut aussi être honnête, c’est une couleur plébiscitée par la clientèle. »

Une partie des nouveautés Gallet 2026, réunies sur le plateau de présentation
La Multichron Pilot, 42 mm, ajoute une échelle télémétrique et une lunette tournante bidirectionnelle graduée sur 12 heures, qui permet la lecture d’un second fuseau horaire.
La Multichron Sport, 41 mm, bascule vers l’automobile avec son échelle tachymétrique et son aiguille de chronographe orange. Toutes deux à partir de 4 100 €.

Les Gallet Classics, enfin, célèbrent les deux cents ans de la marque et jouent une partition à part. Trois modèles, tous en 38 mm pour 12,5 mm d’épaisseur, qui embarquent le seul mouvement manufacture de la gamme : le Breitling B09, un chronographe à remontage manuel, 70 heures de réserve. Un choix cohérent, puisque les chronographes de l’époque étaient tous à remontage manuel. Prix unique de 6 100 €.

Le B09 à remontage manuel, et la gravure « Manufactured by Breitling »
La troisième de la famille est la Tribute to Silverlight. Elle s’inspire de la Multichron Navigator, dont l’affichage permettait de s’orienter en guidant son porteur vers le nord géographique. La version 2026 en conserve le cadran argenté et les chiffres légèrement irréguliers, qui donnent du rythme à la lecture. La plus classique de la collection.
C’est dans cette famille que se trouvent nos deux autres coups de cœur. La Tribute to Multichron 45 est probablement notre préférée de toutes ces nouveautés. Ses 38 mm pour 12,5 mm d’épaisseur en font l’une des montres les plus polyvalentes de la gamme en termes de style, et le B09 à remontage manuel lui apporte un supplément d’âme.

La Tribute to Yachting Big Eye, ensuite, pour son compteur à trois heures agrandi, dessiné à l’origine pour chronométrer les départs de régate. Le voir côte à côte avec le modèle d’époque, comme nous avons pu le faire à la présentation, dit mieux qu’un long discours le travail de réinterprétation : les proportions ont légèrement évolué, le dessin du compteur tricolore n’a pas bougé.

Une offre de bracelets pour facilement changer de style
Un bouton à l’arrière des cornes, aucun outil, quelques secondes. Gallet propose quatorze bracelets par montre : treize bracelets interchangeables en cuir, tissu ou caoutchouc à 90 € pièce, et le bracelet acier livré avec la montre.

Changer de bracelet en quelques secondes, en cuir, tissu ou caoutchouc
Seule exception, les Classics n’acceptent pas l’acier. La raison est assumée : ce bracelet est un modèle Breitling retravaillé, et la marque ne voulait pas le mêler à l’histoire des Classics.
« Quatorze bracelets par montre, sauf pour les Gallet Classics, pour lesquelles on ne peut pas avoir le bracelet acier. Ce qui fait 151 configurations différentes. »
Pour une marque relancée depuis un an, c’est une façon maligne d’offrir de la variété sans multiplier les références.
Ce que Breitling apporte concrètement
La filiation n’est pas qu’un logo. Les montres Gallet portent « Manufactured by Breitling » gravé au dos, sont vendues dans une sélection de Boutiques Breitling à travers le monde, et bénéficient du même service après-vente. Les équipes produit sont communes. Gallet a pourtant son univers propre. Un mot d’ordre, wanderlust (cette envie de partir qui ne se commande pas), et un corner pensé comme un lodge, que nous avons découvert au premier étage de la Boutique Breitling située au 10 rue de la Paix, à Paris. Globe terrestre, affiches de compagnies aériennes des années 30, malles de voyage : on comprend immédiatement où la marque veut nous emmener.
« Finalement, c’est le désir de s’échapper pour découvrir de nouvelles aventures »
Notre avis
Si on a toujours plaisir à redécouvrir une marque ancienne, Gallet ne s’est pas développée en France comme elle a pu le faire sur le marché américain, ce n’est donc pas une marque qui nous rattache au souvenir d’une montre portée au poignet d’un parent. Et pour une marque qui a deux cents ans, on pourrait s’étonner de ne voir ressurgir qu’une poignée de modèles historiques. Mais l’histoire est réelle et documentée, et elle va continuer à s’écrire au fur et à mesure que d’anciennes références seront retrouvées.
S’y ajoutent un outil industriel partagé avec la maison mère et un positionnement tarifaire tenu entre 2 600 et 6 100 € qui place Gallet en entrée de gamme de la House of Brands, aux côtés de Breitling et d’Universal Genève. Ces quatre premières collections sont séduisantes, tout comme ce système de bracelets interchangeables à tarif raisonnable. Nul doute qu’avec une montre Gallet au poignet, on aura de belles histoires à partager. Reste à voir la suite, et Alexandre Rodrigues cultive le mystère :
« Gallet a un catalogue de montres vintage très important, et la marque a été présente dans beaucoup de domaines différents. Il faudra rester à l’affût pour voir ce que nous allons relancer. »
On attend donc 2027 avec beaucoup de curiosité.
Plus d’infos : https://www.gallet.com
🎬 La Vidéo
Chez Gallet
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