Steve McQueen et les montres : Heuer Monaco, Rolex Submariner, Benrus…
Dans notre dossier sur le style de Steve McQueen, on se demandait en quoi le vestiaire de l’acteur, façonné dans les années 60 et 70, pouvait encore inspirer une garde-robe masculine en 2026. Ses montres suscitent le même intérêt. McQueen n’était pas un collectionneur au sens où on l’entend aujourd’hui : à l’écran il portait ce que le rôle imposait, à la ville il gardait la même pendant des années. Ça ne les a pas empêchées de marquer leur époque, puis d’affoler les compteurs en salle des ventes quarante ans plus tard. Rétrospective en cinq modèles : deux qu’il portait à l’écran, une qu’il portait vraiment, une qu’il aurait dû porter et qui a raté son rôle, et une qui porte son nom sans qu’il l’ait jamais possédée. De quoi avoir encore envie d’être un peu comme Steve McQueen.
Les montres qu’il portait à l’écran
La Benrus Réf. 3061, l’outil de terrain du flic Bullitt
En 1968, dans « Bullitt », le personnage de Frank Bullitt porte une Benrus #3061 à cadran noir, version civile de la Benrus DTU-2A/P fournie à l’armée américaine. Facilement identifiable à sa trotteuse à pointe rouge, c’est une montre outil, robuste et sans prétention, à l’image du flic bourru qu’incarne McQueen dans le film. Le choix revient aux costumiers plutôt qu’à l’acteur lui-même : McQueen était personnellement plus proche de Rolex, mais le rôle appelait une montre de terrain, pas une montre de plongée. Le modèle a depuis été réédité par Benrus sous ce même nom, 3061, en référence directe au film.
- Version civile de la Benrus DTU-2A/P militaire
- Portée par le personnage Frank Bullitt, pas par McQueen en dehors du tournage
- Reconnaissable à sa trotteuse à pointe rouge
- Rééditée aujourd’hui par Benrus sous la référence 3061
- 1 900€ chez Horel

La Heuer Monaco 1133B, star du Mans
Pour le film « Le Mans » (1971), la production choisit la Heuer Monaco référence 1133B. Son boîtier carré et son cadran bleu détonnaient dans le paysage horloger de l’époque : c’était, avec la Zenith El Primero et la Seiko 6139, l’un des tout premiers chronographes automatiques au monde. Le lien avec le pilote Jo Siffert, ami de McQueen et premier pilote sponsorisé par Heuer, est réel mais indirect : c’est Siffert qui a fait entrer la marque sur le tournage, alors que lui-même portait un tout autre modèle, comme on le verra plus bas. Précision utile : c’était un accessoire de cinéma, pas la montre personnelle de l’acteur, qui la retirait entre les prises pour remettre sa propre Submariner. Cela ne l’a pas empêchée de devenir une icône ; l’exemplaire ayant appartenu à McQueen pendant le tournage s’est vendu près de 800 000 dollars en 2012.
- Portée uniquement à l’écran, dans « Le Mans » (1971)
- Un des tout premiers chronographes automatiques, avec la Zenith El Primero
- Exemplaire de tournage vendu près de 800 000 dollars en 2012
- Comptez au moins 10 000€ pour faire l’acquisition d’un modèle d’époque
- 9 300€ pour sa version moderne « TAG Heuer Monaco Chronograph » chez TAG Heuer

La montre qu’il aurait dû porter : la Heuer Autavia 1163 « Siffert »
C’est l’histoire la plus savoureuse de ce dossier, et celle que la postérité de la Monaco a fini par effacer. Sur le tournage du « Mans », Jo Siffert n’est pas un figurant : pilote suisse de Formule 1, premier ambassadeur de Heuer depuis 1969, il est engagé comme doublure de Steve McQueen pour les scènes de course. Les deux hommes se lient d’amitié, et quand le chef costumier Don Nunley demande à l’acteur comment il veut être habillé, McQueen répond qu’il veut exactement la même allure que son ami Siffert : la combinaison Gulf, l’écusson Heuer sur la poitrine, et la montre qui va avec. Or la montre de Siffert, ce n’était pas une Monaco, mais une Autavia référence 1163 à cadran blanc, compteurs noirs et aiguilles bleues, l’un des premiers chronographes automatiques de la marque avec son calibre 11.
Si l’Autavia n’a jamais tourné, c’est pour une raison purement logistique, racontée par Jack Heuer lui-même : parmi les montres fournies à la production, la Monaco, tout juste mise au point, était le seul modèle disponible en trois exemplaires, ce qu’exigeait un tournage, entre les plans d’action, les photos de plateau et la montre de secours. L’Autavia a donc cédé sa place à un boîtier carré, et elle a hérité à la place du surnom de celui qui la portait vraiment : les collectionneurs l’appellent aujourd’hui la « Siffert ».
- Cadran blanc, compteurs noirs, aiguilles bleues, lunette tachymètre : la 1163 dite « Siffert »
- Un des premiers chronographes automatiques Heuer, calibre 11, à partir de 1969
- Premier choix de Steve McQueen pour « Le Mans », écartée faute d’exemplaires en nombre suffisant
- Cote d’occasion : comptez 6 000 à 15 000€ selon l’état, la variante de cadran et la présence du bracelet Gay Frères d’origine
- Avec la provenance McQueen : 25 200 dollars chez Christie’s en juin 2022, soit à peu près le double d’un exemplaire ordinaire
- Pas d’équivalent neuf strict : l’Autavia a quitté le catalogue TAG Heuer en 2025. Le modèle actuel qui s’en rapproche le plus est la TAG Heuer Carrera Chronograph Glassbox 39 mm à cadran « panda », autour de 6 500€

Les montres qu’il portait vraiment, au quotidien
La Rolex Submariner 5512, celle qu’il portait vraiment
Contrairement à une idée reçue (voir plus bas), ce n’est pas la Explorer II qui était sa montre personnelle, mais une Rolex Submariner référence 5512, un modèle chronomètre à cadran quatre lignes équipé du calibre 1570. On la voit à son poignet le 21 mars 1970 aux 12 Heures de Sebring, course qu’il termine deuxième au volant d’une Porsche 908, puis pendant le tournage du « Mans » en juin de la même année, entre deux prises, lorsqu’il retirait la Heuer Monaco du film. Confiée en 1980 à son ami Jimmy Brucker, cette 5512 a été vendue aux enchères en 2009 pour 234 000 dollars, un record pour la référence à l’époque.
- Portée hors caméra, sur circuit comme à la ville
- Documentée aux 12 Heures de Sebring en 1970
- Confiée à son ami Jimmy Brucker en 1980
- Vendue aux enchères pour 234 000 dollars en 2009
- Cote d’occasion : de 13 000 à 18 000€ pour un exemplaire des années 70 en bon état, de 25 000 à 40 000€ pour les premières séries à cadran gilt ou à cornes percées « cornino », et bien au-delà pour un cadran d’origine impeccable. Cf. côte sur Collector Square.
- L’équivalent neuf aujourd’hui : la Submariner sans date référence 124060, autour de 10 000€ chez Rolex.

Bonus : les Persol 714, la seule pièce identique à l’écran et à la ville
Ce ne sont pas des montres, mais elles complètent logiquement cette sélection puisqu’elles suivent exactement la même logique que la Submariner. Popularisées dans « L’Affaire Thomas Crown » (1968), les Persol 714 sont la seule pièce de cette liste que McQueen portait aussi bien sur les tournages que dans sa vie personnelle, comme le montrent les photos prises devant son garage. Premier modèle de lunettes pliantes jamais commercialisé, elles restent en vente aujourd’hui dans une édition « Steve McQueen » dédiée.
- Portées dans « L’Affaire Thomas Crown » et dans la vie de tous les jours
- Premières lunettes de soleil pliantes commercialisées
- Toujours vendues aujourd’hui en édition Steve McQueen
- La 714 de Persol
Le mythe qui a la vie dure : la Rolex Explorer II 1655
C’est sans doute l’anecdote la plus utile à connaître sur ce sujet. La référence 1655, surnommée « Rolex Steve McQueen » par les collectionneurs, doit son surnom à une campagne publicitaire Rolex des années 1970 qui associait l’image de l’acteur au modèle. Steve McQueen n’a jamais porté cette montre, ni dans la vraie vie, ni dans aucun de ses films. Rolex cherchait simplement à écouler un modèle alors peu populaire, conçu à l’origine pour les spéléologues. Le surnom a survécu près de cinquante ans à la campagne qui l’a créé, au point d’être aujourd’hui présenté comme un fait biographique sur de nombreux sites, y compris spécialisés. Le contraste avec l’Autavia est parlant : une montre porte le nom d’un homme qui ne l’a jamais possédée, pendant qu’une autre, qu’il voulait vraiment porter, a hérité du nom de son ami pilote.
- Jamais portée par McQueen, ni à l’écran ni à la ville
- Surnom né d’une campagne publicitaire Rolex des années 1970
- Conçue à l’origine pour les spéléologues
- Un cas d’école de légende horlogère devenue « fait » à force d’être répétée
- Cote d’occasion : de 20 000 à 30 000€, davantage pour les tout premiers cadrans dits Mark 1 et pour un full set d’origine.
- L’équivalent neuf aujourd’hui : l’Explorer II référence 226570, 9 900€ au tarif officiel Rolex

Ce qui frappe, à regarder ces cinq pièces côte à côte, c’est la cohérence du personnage : au cinéma, McQueen acceptait qu’on lui mette au poignet ce que le rôle exigeait, et quand il avait son mot à dire, il demandait simplement la montre de son copain pilote ; dans la vraie vie, il gardait la même montre pendant des années, jusqu’à l’user. C’est cette même logique, plus que n’importe quelle pièce précise, qui reste la vraie leçon de style à retenir de lui aujourd’hui : moins de pièces, portées plus longtemps.
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