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Les certifications de droits du travail dans la mode

Les conditions de travail dans l’industrie du textile, et en particulier dans certains pays du Sud, sont une problématique pointée du doigt depuis longtemps mais qui n’a pourtant pas disparue. Pour les marques, une main d’oeuvre à bas coût et des réglementation du travail ultra-flexibles permettent de proposer des produits très abordables et bien souvent de maximiser les profits. En tant que consommateurs, l’attractivité des prix et la distance qui nous sépare de ces lieux de production nous ont longtemps fait oublier les réalités de ce que subissent certains ouvriers, et qui s’apparente parfois à de l’esclavage moderne. Fort heureusement, le respect des droits humains a pris une place de plus en plus importante dans nos critères d’achats. Ainsi de nombreux labels ont vu le jour, assurant le respect des intérêts des salariés. Ces labels sont-ils efficaces ? Auxquels peut-on se fier ? On vous propose un petit tour d’horizon.

Travailleur Textile

Sommaire :

1. Les conditions de travail dans le milieu de la mode
2. Les certifications
3. La nécessité de changements profonds

1. Les conditions de travail dans le milieu de la mode

En 2013, l’effondrement du Rana Plaza a permis à un grand nombre de consommateurs de prendre conscience de la réalité des conditions de travail imposées par certains géants de l’industrie textile dans les pays pauvres. L’usine du Bangladesh, qui abritait des ateliers de confection de vêtements pour des marques comme Auchan, Benetton, Camaïeu, Carrefour, Mango ou Primark, s’effondre, causant la mort de plus de 1 100 employés. Ces derniers ayant constaté les fissures causées la veille dans les murs de l’usine avaient été forcés de prendre leur poste. Si cette usine est devenue le symbole le plus marquant des dérives de la fast-fashion, nombreux sont les ateliers où les travailleurs ne bénéficient toujours pas de conditions dignes. Au Bangladesh, 4 500 usines et 3,5 millions de personnes sont employées dans la fabrication de vêtements, et le pays a exporté pour 30 milliards de produits textiles en 2018. Les ouvriers (ouvrières souvent), se voyant imposer un rythme difficilement soutenable (14h par jour, 6 jours par semaine) pour un salaire de misère. Ce très faible coût du travail a encouragé de nombreuses entreprises à se tourner vers le Bangladesh, mais également le Pakistan ou le Vietnam pour concevoir leurs vêtements. Ces conditions, ainsi que le manque de protection financière des salariés, entraînent des situations de grande précarité. Nayla Ajaltouni est la coordinatrice du collectif Étique sur l’étiquette, qui regroupe une vingtaine d’ONG et de syndicats, et qui se bat pour le respect des conditions de travail dans l’habillement :

« Ce sont des problématiques qui sont surtout liées aux violations des droits fondamentaux au travail, c’est à dire des conventions de l’OIT (organisation Internationale du travail). Le secteur du textile habillement est un secteur à forte intensité de main d’oeuvre. Il est très peu mécanisé, et délocalisé dans sa très grande majorité dans des pays dont la main d’oeuvre est à bas coût, avec des salaires extrêmement bas. Ce sont des pays où les législations sont moins protectrices, et les droits fondamentaux moins développés […] Les temps de travail et les cadences extrêmement élevées dépassent également les normes internationales du travail. »

En outre, les questions de harcèlement, de brimades, de discriminations envers les femmes et de violences physiques viennent s’ajouter à la problématique. Enfin, l’impossibilité de réunion syndicale et de négociation collective rend les travailleurs extrêmement dépendants de la solidarité internationale, et vulnérables face aux entreprises.

Effondrement Rana Plaza

2. Les certifications

En ce qui concerne la qualité des conditions de travail, des certifications existent. Celles-ci peuvent permettre de certifier des fournisseurs et des producteurs, pour garantir aux marques que les étapes de production ont été réalisées dans le respect des droits de l’homme. En plus des indications à destination des consommateurs au moment de l’achat, les contrôles réalisés par les certificateurs peuvent également être intéressants pour les entreprises car ils apportent des pistes d’améliorations à suivre. C’est ce que nous précise Vulfran de Richoufftz, co-fondateur de la marque Panafrica, qui fait appel à des partenaires certifiés :

« Les contrôles en usine sont faits par des organismes externes indépendants (par exemple SGS, Véritas etc.) qui passent plusieurs jours sur place pour vérifier différents éléments : conditions de travail, sécurité et santé, environnement, management, salaires et plannings. Chaque rubrique comprend différents critères de notation. Une note globale (en %) est donnée à la fin du contrôle avec un plan d’action à court et moyen terme pour améliorer certaines notations. Par exemple, nous avons fait un contrôle récemment avec une note de 100% sur les salaires et plannings, et 53% sur l’environnement car les déchets de cuir ne sont pas collectés par un organisme certifié. Ces contrôles permettent donc de nous améliorer sans cesse. »

Bobines Fil Couture

A. Quelques certifications à connaître

Parmi les certifications que l’on peut retrouver, Fair for Life garantit que les producteurs sont payés équitablement, qu’ils ont des conditions de travail décente et qu’ils sont protégés en cas de crise. Le label, qui met aussi l’accent sur le respect de l’environnement, est aussi bien tourné vers les producteurs de pays du Sud que de pays du Nord et s’étend au-delà des domaines du textile et des cosmétiques. À l’inverse, la Fair Wear Foundation est uniquement dédiée à l’industrie du textile, et propose une des certifications les plus strictes sur les conditions de travail. Le cahier des charges est en effet rigoureux sur la liberté d’association et l’interdiction de la discrimination au travail. Ses pratiques sont inspirées par les conventions de l’OIT et de la Déclaration internationale des droits de l’Homme. Si les deux certifications précédentes apportent une certification produit, la WFTO (World Fair Trade Organization) certifie directement les entreprises. Le label sert donc à informer des bonnes pratiques sociales d’une organisation. L’objectif de l’association est de soutenir les producteurs de pays du Sud selon les critères qu’elle établit dans sa charte.
Le label Fair Trade Max Havelaar est également un des plus populaires. Branche de l’association Fédération Fairtrade International, son fondateur (le prêtre Frans van der Hoff) est un des précurseurs du commerce équitable. Le label assure notamment des prix minimums, garantissant une juste rémunération des travailleurs. En revanche, le label a essuyé quelques critiques quant aux marques qu’il labellise, étant accusé de redorer l’image d’entreprises comme McDonald’s ou Nestlé. De plus, le commerce équitable représentant une approche globale, il est difficile (pour ne pas dire impossible) à mettre totalement en place dans le milieu de la mode.

Isma Chanez B. est la fondatrice de Klow, une boutique en ligne qui met l’accent sur les vêtements éthiques et sur la transparence envers les consommateurs. Si elle reconnaît l’utilité des certifications, elle met également en avant les autres moyens existant pour se renseigner sur les conditions de production :

« Ces labels viennent auditer les usines et pointer du doigt les bonnes et les mauvaises pratiques. Les labels les plus connus sont Fair Wear Foundation (dont les rapports sont publics et en ligne) et Fairtrade International. Si une marque n’est pas labélisée, il faut regarder le pays d’origine, et regarder les législations en vigueur dans le pays. Ou tout simplement favoriser une consommation plus locale, made in France ou made in Europe. »

Labels et certifications : comment s’y retrouver ?

B. Une garantie incomplète

Comme nous l’avions précisé dans notre article d’introduction, les certifications ont un prix qui n’est pas nécessairement accessible à toutes les entreprises. Il est donc nécessaire de garder à l’esprit qu’une marque non certifiée peut proposer des produits conçus éthiquement. Selon Vulfran de Richoufftz de Panafrica, la démarche de transparence de la marque doit être totale, et aller au delà des certifications :

« Il faut savoir que les certifications ont un certain coût et beaucoup de jeunes marques qui font les choses très bien n’ont pas les moyens de faire certifier leur démarche. […] Selon moi, la meilleure garantie pour un consommateur est la transparence d’une marque et la sincérité du discours. Aucune marque ne peut prétendre tout bien faire c’est tout simplement impossible. Ce qui compte c’est la vision, les ambitions, l’humilité de dire que tout n’est pas parfait. Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, les moyens sont nombreux pour ne pas être dans une communication stérile : montrer les coulisses, faire des vidéos des usines, des producteurs, mettre en avant ceux qui travaillent…C’est le meilleur moyen de dire « on n’a rien à cacher ». Ensuite, en tant que marque, le meilleur moyen de garantir l’éthique de travail c’est de se rendre régulièrement sur place pour voir ce qu’il se passe en usine ! »

Ce devoir de transparence des marques est d’autant plus important que l’industrie de l’habillement implique de manière générale un nombre particulièrement important d’intermédiaires. La vérification de toute la chaîne de production est donc presque impossible. Ainsi, les différentes certifications ne peuvent s’attarder que sur des courtes étapes de la production. Elles ne peuvent donc pas fournir une information complète sur l’entièreté de la chaîne de production. Nayla Ajaltouni précise :

« Aujourd’hui, on n’a pas de vêtement équitable. Les certifications fonctionnent sur des chaînes de production courtes. Organiser un label nécessite de nombreuses vérifications allant du producteur au consommateur, et on est aujourd’hui incapables d’aboutir à des certifications fiables sur toute la chaîne en raison du trop grand nombre d’intermédiaires et de pays concernés. »

Label WFTO

3. La nécessité de changements profonds

Si les certifications peuvent apporter certaines garanties sur une partie de la production, il est nécessaire d’envisager le problème de manière plus globale. Selon Gaetan Bouzac de Pachamama, les consommateurs ont un rôle essentiel pour provoquer des changements dans les pratiques des entreprises. Le créateur estime en effet que nous devons faire preuve d’une consommation consciente, en particulier sur les conditions de production des pièces que l’on achète :

« Le consommateur a également un vrai rôle à jouer ! Si consommer de façon plus éthique chez des marques affiliées à des ateliers labellisés devient la norme, l’ensemble des marques se tournera progressivement vers ce type d’ateliers et les sweatshop tendront à disparaître. »

Nayla Ajaltouni estime de son côté que les modifications d’habitudes de consommation doivent s’additionner à des contraintes légales pour les entreprises. Le collectif Éthique sur l’étiquette milite notamment pour la signature du traité Multinationales et droits humains, en négociation à l’ONU depuis 2014 :

« La modification des comportements de consommation est essentielle, mais sans modification des pratiques des entreprises, le consommateur n’est pas un acteur assez puissant. On cherche à renforcer les obligations qui s’imposent aux entreprises, pour qu’elles soient tenues juridiquement responsables des chaînes d’approvisionnement. »

Isma Chanez B. confirme, pointant du doigt les astuces de certaines marques pour s’affranchir des responsabilités :

« Le manque de transparence dans l’industrie permet aux marques de se dédouaner à travers des contrats de sous-traitance. Ces entreprises n’assument pas leur devoir de respect des salariés sur l’ensemble de la chaîne de production. »

En ce sens, la signature de la loi Devoir de vigilance par l’Assemblée nationale en 2017, accélérée par l’effondrement du Rana Plaza, représente un premier pas encourageant.

Cet article est le troisième d’une série de 5 sujets portant sur les labels et certifications. Dans les prochains articles, nous traiterons de la maltraitance animale et du Made in France.

Les certifications environnementales dans la mode

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