Conseils en mode masculine




Les certifications environnementales dans la mode

Ces dernières années, beaucoup de consommateurs et de passionnés de mode ont entrepris de consommer de manière plus responsable. De leur côté, les marques ont su se saisir du phénomène pour adapter leur système de production… ou leur communication. Si bien qu’à l’heure actuelle, qu’il s’agisse du plus grand mastodonte de la fast-fashion ou du petit créateur artisanal, presque toutes les marques revendiquent une éthique environnementale irréprochable. Pour distinguer les produits respectueux de la planète, de nombreuses certifications existent, mais là encore, difficile de déceler celles qui garantissent un engagement sincère. Avec cet article, nous espérons pouvoir éclaircir certains points, pour que les labels environnementaux n’aient plus aucun secret pour vous !

Label Environnement

1. La mode : une industrie très polluante

L’industrie de la mode est une des plus polluantes. À elle seule, elle rejette chaque année 1,2 milliards de tonnes de gaz à effets de serre pour produire les fibres naturelles et synthétiques nécessaires à la confection de vêtements. Par ailleurs, les fibres synthétiques consomment trois fois plus de CO2 que les fibres naturelles, et ce alors que la production de polyester (fabriqué à base de pétrole) augmente chaque année de manière exponentielle. En outre, la consommation d’eau est telle qu’elle contribue à l’assèchement de certaines zones de la planète. On estime que chaque année, 93 milliards de m³ d’eau sont utilisés pour produire des vêtements. Le plus grand consommateur d’eau est le coton, la fabrication d’un seul jean nécessitant l’utilisation de 7 500 litres. Enfin, le lavage de nos vêtements relâche des micro-fibres de plastique directement dans les océans.

Infographie Environnement

Pourquoi la mode est devenue une des industries les plus polluantes ?

2. Quelques certifications à connaître

Il existe un grand nombre de certifications spécialisées dans l’environnement. Chacune d’entre elles possède des spécificités, qui rendent parfois difficile la lisibilité. Fanny Dumas est la présidente de FAIR’ACT, une association qui milite en Suisse romande pour une mode plus responsable. Au sujet des labels environnementaux, elle nous explique :

« C’est un vaste thème et comprendre les subtilités des certifications prend un peu de temps. Par exemple, certains labels portent sur la matière première (le coton du t-shirt par exemple), d’autres couvrent le produit fini (le t-shirt en coton), alors que certains analysent l’entier de la chaîne. […] Certains labels certifient le coton bio, d’autres la non-utilisation de chimie nocive pour les travailleur-euse-s, l’absence de substances nocives pour la santé, etc. Et quand on pense au nombre de corps de métier et d’usines impliqués dans la production d’un vêtement, on comprend que c’est difficile, pour un seul label, de confirmer le respect de tous ces critères, par tous les acteurs. »

Certaines certifications ont toutefois su se démarquer et font aujourd’hui office de valeur-sûre, qu’elles opèrent exclusivement dans le milieu de la mode ou dans une grande diversité de secteurs. Elles permettent notamment de s’assurer de l’impact des matériaux utilisés et des modes de production sur l’environnement.

A. Les certifications environnementales

Les certifications générales

Certaines certification sont valables pour de nombreux secteurs de production, et englobent l’industrie du textile. L’écolabel européen, label de l’union européenne créé en 1992, concerne 53 catégories de produits ou de services. Ce label garantit une production respectueuse de l’environnement, et est le seul utilisable dans tous les pays de l’Union européenne. Les entreprises disposant du label font l’objet de contrôles réguliers par des organismes indépendants. Si l’écolabel européen est officiel, reconnu et très présent dans l’industrie textile, il est parfois critiqué pour l’aspect peu contraignant de son cahier des charges. Il adopte en revanche une approche systémique, en analysant la totalité du cycle de vie d’un produit.

L’attention portée au recyclage s’est également intensifiée ces dernières années, avec l’arrivée de tendances comme l’upcycling.Ainsi, de nombreuses marques ont entrepris de faire du neuf avec du vieux. Une démarche intéressante lorsque l’on sait que seulement 20% des vêtements sont recyclés, le reste étant destinés aux décharges ou à l’incinération. Global Recycle Standard a pour objectif d’encourager ces initiatives. Conçue à l’origine pour le secteur de la mode, elle s’est depuis étendue à un grand nombre de secteurs. La certification nous assure que 50% de matériaux recyclés ont été utilisés dans la fabrication d’un produit. Les entreprises font ainsi l’objet d’un contrôle strict par le certificateur Textile Exchange au moins une fois par an, et doivent également respecter des exigences environnementales (notamment sur le traitement des eaux usées) et sociales.

GOTS, le label de référence de l’industrie du textile

GOTS (Global Organic Textile Standard) est la certification de référence pour les vêtements biologiques et respectueux de l’environnement. Contrôlés par un organisme indépendant, les produits doivent être composés à 95% de matériaux biologiques. De nombreux produits jugés dangereux pour la santé sont interdits, de même que les OGM. En outre, l’organisme contrôle la quantité de déchets dans le processus de production, évalue le volume d’eau utilisé, et inspecte les eaux usées. Enfin, le packaging doit, lui aussi, être responsable. Olly, marque de lingerie féminine, utilise du coton certifié GOTS. Mathilde de Sacy, co-fondatrice, nous explique :

« Nous avons choisi le label GOTS car c’est le label de référence pour du coton biologique : c’est le plus exigeant et le plus sérieux (comparé au controversé coton BCI par exemple). Il est aussi très complet sur les critères environnementaux et sociaux. Deux critères qui sont pour nous aussi importants l’un que l’autre lorsque l’on veut proposer de la lingerie vraiment éco-responsable. »

La réputation du label est principalement dû aux garanties très strictes que celui-ci offre aux consommateurs et aux marques, comme souligne Mathilde de Sacy :

« Le label GOTS garantit que le coton est cultivé sans pesticides ni OGM. Le coton obtenu est donc normalement exempt des traces de pesticides contenant des perturbateurs endocriniens qu’on peut retrouver couramment dans les vêtements. Il garantit également que le coton n’est pas blanchi au chlore et enfin que les personnes qui cultivent le coton sont traitées décemment et travaillent dans de bonnes conditions. C’est donc un label très complet. »

Label GOTS

B. Quid de la santé ?

Outre les effets néfastes pour l’environnement, certains vêtements peuvent s’avérer dangereux pour la santé en raison des produits qui les composent, ou des traitements qu’ils ont subi. En effet, une grande partie des vêtements sont produits en Asie du Sud-Est, où la réglementation sur les produits toxiques est très limitée, ce qui entraîne la présence de certains produits nocifs (le dichlorométhane, le fumarate de diméthyle, les phtalates, le formaldehyde etc.). Oeko-Tex Standard 100 (la certification la plus utilisée de l’organisme Oeko-Tex) est un label officiel qui garantit des produits de l’industrie textile qui ne sont pas nocifs pour la santé et pour la peau. Les contrôles portent sur plus de 300 substances. Contrairement à la croyance, les vêtements labellisés Oeko-Tex Standard 100 ne sont pas nécessairement biologiques (ils peuvent contenir des fibres synthétiques si elles ne sont pas nocives pour la santé). Le label ne garantit pas non plus une démarche environnementale irréprochable. La marque Montlimart utilise notamment des produits certifiés Oeko-Tex, lui permettant d’ajouter à sa démarche environnementale un engagement sanitaire, comme le précise Juliette Biotteau, co-créatrice de la marque :

« On souhaite que nos produits soient le plus parfaits possible ! Une production à moins de 2000 km c’est important, des matières sourcées autour de nous aussi ! C’est important pour la planète et pour la préservation des savoir-faire français. Mais la certification Oeko-Tex s’intéresse aussi à la santé de l’Homme et aux substances qui peuvent être dangereuses pour lui. Cela nous semble essentiel ! »

Juliette Biotteau estime par ailleurs que la santé est devenue un des critères d’achats essentiels des consommateurs, la certification permettant de garantir une démarche sincère sur ce volet :

« C’est devenu un critère d’achat pour beaucoup. Cela a commencé par le marché de l’enfant, mais beaucoup désormais l’appliquent à leur propre vestiaire. Les gens ont commencé par faire attention à leur alimentation, aux produits qu’ils mettent sur leur peau type crème. Il est donc logique de faire attention à ce que l’on porte toute la journée et toute la nuit, c’est en contact direct avec la peau ! C’est tout aussi important que l’alimentation. Personne n’a envie d’être couvert de produits chimiques ! »

Usine Pollution

3. Attention au Greenwashing !

Le greenwashing, ou « écoblanchiment », est une pratique qui consiste pour les entreprises à communiquer abusivement sur des actions écologiques pourtant faibles ou inexistantes. Il s’agit donc de publicité mensongère. Les exemples de greenwashing sont nombreux, et le phénomène a explosé il y a une quinzaine d’années, se caractérisant par exemple par l’arrivée massive de la couleur verte dans les logos et identités visuelles des marques dans le but d’évoquer une proximité avec la nature (comme ce fut le cas pour McDonald’s). L’industrie de la mode n’est pas en reste et de nombreuses marques, en particulier dans la fast-fashion, ont usé du greenwashing pour adoucir leur image. Pour cela, l’usage de label est une méthode efficace, permettant de suggérer une démarche écologique, respectant une charte contraignante, et contrôlée par des organismes indépendants. Or, certaines certifications semblent ne faire l’objet d’aucun contrôle, permettant aux marques de bénéficier de l’image positive de la certification sans modifier leurs modes de production. Better Cotton Initiative, qui propose une certification du même nom pour la production de coton, est probablement l’exemple le plus marquant du domaine. Certifiant un grand nombre de marques de fast-fashion, l’ONG se montre peu contraignante, n’interdisant par exemple pas les pesticides. En outre, comme l’a révélé Cash Investigation en 2017, Better Cotton Initiative a réalisé un lobbying massif auprès des producteurs de coton biologique pour les convaincre d’adopter leur charte, entraînant une chute de la production de coton biologique.

Enfin, certaines marques vont jusqu’à créer leur propre label et à se l’attribuer, une astuce plutôt pratique pour verdir son image sans trop d’efforts ! Fanny Dumas de FAIR’ACT souligne :

« Il y a label et label. Si la certification est donnée par un organisme externe et indépendant, c’est très bien. Quand ce n’est pas le cas, ça veut dire qu’on est face à une auto-labellisation et là il faut rester sur ses gardes. »

Better Cotton Initiative Greenwashing

4. La nécessité d’une démarche globale

Il est à noter que la surconsommation de vêtements est également un des facteurs principaux de l’impact de la mode sur l’environnement. En effet, un européen achète en moyenne 12 kg de vêtements par an, généralement à bas coût. Par ailleurs la production de vêtements a doublé entre 2000 et 2014, alors que nous les portons deux fois moins longtemps ! Si les labels peuvent avoir une influence positive sur notre consommation, notre démarche se doit d’être plus globale, en acceptant d’acheter des vêtements plus durables, en moins grande quantité, quitte à investir davantage. Fanny Dumas nous explique :

« Finalement, sensibiliser les consommateurs aux labels, ça nous permet de faire comprendre que les enjeux de l’industrie textile sont énormes et qu’il n’existe pas véritablement de vêtement – ni d’autre produit d’ailleurs – qui soit parfaitement écologique. On arrive toujours à la même conclusion : consommons moins et mieux, mais surtout moins. »

Cet article est le second d’une série de 5 sujets portant sur les labels et certifications. Dans les prochains articles, nous traiterons des conditions de travail, de la maltraitance animale et du Made in France.

Labels et certifications : comment s’y retrouver ?

 

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