L’histoire du polo

Quoi qu’on en dise, le polo est la pièce par excellence que l’on se plait à rattacher à un style, voire à un statut social : trop chic, trop bobo, trop beauf, trop racaille, trop “St Trop”… et au final, on ne s’en rend pas compte mais ça en fait un des vêtements les plus versatiles de la garde robe masculine. Détesté au plus haut point comme adulé, le polo a été, comme la plupart des pièces du vestiaire de l’homme, détourné de nombreuses fois de son usage originel au cours de l’histoire. Quel était-il ? Qui l’a créé ? Dans quel contexte ? Voici l’histoire du polo.

photo ancienne polo

Une partie de… polo

Si les origines du polo sont floues, les historiens s’accordent tout de même à le rattacher à une date et à un sport. Remontons au 19ème siècle, direction l’Inde où sont stationnés les soldats de l’armée britannique, dans l’état du Manipur, dans le Nord-Est du pays. Pour se divertir pendant leurs pauses, ils jouent au polo (et anecdotiquement créent le premier club de polo de l’histoire en cette période). Déjà à l’époque, ils portent une tenue particulière notamment composée d’une épaisse chemise à manches longues en coton. Gênés par le col qui ne cesse de battre lorsqu’ils sont au galop, ils décident de l’attacher à la chemise par des boutons, devenant ainsi caractéristique pour la pratique de ce sport. Ceci est donc surtout l’histoire de la naissance de la chemise à col boutonné, seulement, elle sera éternellement rattachée à la pratique du polo et nommée par les anglo-saxons « polo-shirt ».

illustration joueurs de polo ancienne

Ceci, on le doit à « John E Brooks », petit-fils du fondateur de la marque américaine Brooks Brothers. Lors d’un voyage en Angleterre pour faire des achats, alors il assiste à un match de polo, bien tranquillement assis en loge avec une coupette de champagne à la main, quand tout à coup, il aperçoit que le col des chemises des joueurs est boutonné. Aussi étonné qu’il puisse être sur le moment, John trouve également l’idée brillante et décide à son retour de s’en inspirer afin de proposer ce type de col au grand public. Si on reconnait donc la chemise à col boutonné comme purement issu du style américain, c’est à Brooks Brothers qu’on le doit, première marque à avoir popularisé le produit au grand public comme un vêtement de tous les jours. D’ailleurs, si on l’appelle désormais communément « button-down shirt », son nom en interne est resté « polo shirt original ».

brooks brothers original polo shirt

Le polo moderne

Le polo sous la forme qu’on lui connait aujourd’hui n’est pas apparu de près ou de loin pour la pratique de ce sport. Et c’est pour les soins d’une toute autre pratique qu’il a été conçu. Nous sommes dans les années 1920 et les joueurs de tennis ont pour habitude de porter des chemises à manches longues qu’ils retroussent durant le jeu et un pantalon en flanelle. A vrai dire pour des besoins d’appartenance à la haute société, le tennis imposait un dresscode chic plutôt que fonctionnel durant cette période. Le sport ne tarda pas à devenir de plus en plus populaire, et les joueurs à chercher des moyens d’obtenir un avantage sur leurs adversaires.

t billden 1920s tennis

La lumière est venue du joueur de tennis français Jean René Lacoste (1904 – 1996). Alors qu’il était numéro un mondial dans les années 20, il se mit à imaginer une alternative à l’encombrante chemise portée durant les matches. Pour la première fois, les manches de la sienne seraient courtes, elle serait également pourvue d’un col, d’une boutonnière raccourcie et d’un pan plus long au niveau du dos afin qu’elle tienne mieux dans le pantalon. La chose la plus importante, outre le design, cette chemise serait réalisée dans un coton très spécial importé de l’étranger appelé « coton piqué ». Son tissage particulier permettrait une meilleure aération et plus de solidité que pour la chemise traditionnelle.

rene lacoste us open 1920s

C’est à l’occasion de l’US Open 1926 qu’il porte alors sa création pour la première fois et réalise que sa chemise résout tous les problèmes posés par le vêtement traditionnel de tennis tout en gardant un certain degré d’élégance. Dès l’année suivante, il décide d’y apposer un petit crocodile sur le torse, en référence à son surnom “le Crocodile” (une sombre histoire de pari autour d’une valise en crocodile). Intrigués, les autres joueurs de tennis ne tardent pas à demander au français d’essayer cette nouvelle chemise révolutionnaire. Les autres sportifs s’y intéressent également, notamment les joueurs de polos qui perçoivent la possibilité d’accroître par ce biais leurs performance. Ils apprécient particulièrement ce col avec une certaine tenue malgré sa souplesse, qu’ils relèvent afin de ne pas attraper de coups de soleil dans la nuque (à la Cantona).

rod laver 1956

Voyant le succès de ses chemises, René Lacoste saute sur l’occasion en 1933 pour lancer une commercialisation à plus grande échelle. Pour cela, il se rapproche d’un ami fabriquant de tricots nommé André Gillier. Nait enfin « La Chemise Lacoste » avec un modèle semblable à celui porté par le joueur et orné d’un crocodile. On considère que c’est le premier produit publicitaire porté par les sportifs à ce jour ! Très vite, le succès prend et l’usage veut que dès les années 1940, les joueurs de tennis eux-même appellent leur chemise « polo » bien qu’ils l’aient utilisé bien avant les joueurs de polo.

Le polo étant devenu un vêtement de référence chez les sportifs, René Lacoste eut alors l’idée brillante d’élargir sa gamme de couleurs afin de proposer un produit qui attire un public plus vaste. C’est le début des années 1950 qu’il exporte sa marque Outre-Atlantique, dans une Amérique en plein boom économique, et commercialise son polo comme le « symbole du sportif accompli ». Son porteur a donc un statut social particulier et le polo est vendu dans les magasins haut de gamme au prix prohibitif de 8 dollars ! Désormais entré dans la garde-robe de tous les jours des hommes (riches) le polo Lacoste habille même les hommes les plus importants de la planète, notamment le président américain Dwight Eisenhower qui choisit de porter un polo de la marque lorsqu’il joue au golf. La popularité de la Chemise Lacoste grimpe alors en flèche, et ses concurrents de tardent pas à apparaître.

coloris polo lacoste

En 1954, alors qu’elle se spécialisait dans les accessoires de tennis (dont le fameux poignet éponge) la marque éponyme du joueur de tennis britannique Fred Perry se met au polo (cf. notre article « Fred Perry : histoire d’une légende »). Important les produits de son concurrent, il tente de l’améliorer en gardant néanmoins le même tissu en coton piqué et en y ajoutant son logo brodé directement sur le tissu plutôt que cousu. Plus qu’une véritable révolution, c’est avant tout un succès marketing. Là où Lacoste propose un produit haut de gamme, celui de Fred Perry a une image plus jeune et contribue amplement à populariser le polo auprès des jeunes dans une époque où le style vestimentaire se débride. Les pièces issues du milieu du sport prennent alors une dimension mode.

fred perry wimbledon 1938

Le premier courant adoptant le polo comme code vestimentaire vient du Royaume-Uni. Dans les années 60, il entre donc dans le dresscode des « mods » qui préfèrent le porter boutonné jusqu’au cou.

mods culture 1982

Si le polo est désormais entré dans la garde-robe de tous, chacun lui prêtant alors l’image qu’il souhaite, un fait marquant de son histoire intervient au début des années 1970, lorsque Ralph Lifshitz (plus connu sous le nom de Ralph Lauren) lance sa nouvelle marque. Comme nom, il choisit celui du sport des riches et des rois, un nom sophistiqué et intemporel : « Polo ». Au centre de sa marque, il place évidemment le polo, ce produit pas bien différent de celui de ses concurrents brodé d’un joueur de polo. Le succès est immédiat, notamment aux Etats-Unis où la guerre des parts de marchés fait rage avec Lacoste. Finalement, c’est Ralph Lauren qui l’emporte, sa marque devient un grand classique local et contribue encore plus au succès du polo.

ralph-lauren-1978

Le polo aujourd’hui

Malgré les courants et styles auxquels ont peut les rattacher, l’image du polo ne s’est pas tant dégradée à travers le temps (mis à par Lacoste dont l’image a souffert vers la fin des années 80 jusqu’à la fin des années 90, son polo étant la pièce préférée des jeunes de banlieues en France – un positionnement plus subi que choisi par la marque). Son image est quasiment intacte et on lui prête souvent d’être plus chic qu’un t-shirt et moins habillé qu’une chemise. Un juste milieu que l’on porte en toute circonstances (sauf contexte formel), qui ne fait jamais débraillé et dont on affiche souvent sa préférence de part le logo qu’on choisit. Néanmoins, on lui prête désormais un plus large éventail de styles et il peut se fondre dans quasiment toutes les tenues sans choquer.

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Quasiment toutes les marques de prêt-à-porter proposent aujourd’hui un polo dans leur collection. Et si dans les années 2000 la tendance n’a pas été très flatteuse avec lui (on pense notamment au logos XXL), son aura semble être restée intacte et le polo s’en est retourné vers des designs plus sobres. Au contraire, on est à l’âge du minimalisme et les hommes le préfèrent sans aucun logo apparent.

daniel craig sunspel polo

Il paraîtrait cependant que les américains préfèrent Ralph, les européens du Nord Fred Perry, et les latins Lacoste. Personnellement, j’ai plutôt tendance à miser sur le dernier même si je préfère aujourd’hui un modèle non logoté. Et vous, dans quel camp êtes-vous ?

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