Comment j’ai arrêté de fumer : témoignage de Rody

Aujourd’hui, le tabac fait plus de 78 000 décès en France et est à l’origine de 45 000 cancers. Ramené à la journée, cela représente plus de 200 décès par jour. Des chiffres qui font relativement froid dans le dos et qui placent le tabagisme comme la première cause de mortalité évitable en France ! Pour enrayer le phénomène, le Ministère des Solidarités et de la Santé a mis en place différentes actions avec certains résultats. Toutefois, et si les chiffres officiels montrent une baisse de la consommation du tabac en France, ces derniers ne prennent pas en compte les achats hors Hexagone, toujours de plus en plus nombreux. Qu’on le veuille ou non, arrêter de fumer passe en premier lieu par un déclic, qu’il soit physique ou psychologique. Le mien est apparu il y a maintenant presqu’un an. Je vous explique comment cela c’est passé :

I. Quelques chiffres clé

La France compte près de 16 millions de fumeurs, soit presqu’un quart de la population. Entre 18 et 34 ans, environ une personne sur deux fume. Sur une tranche comprise entre 15 et 19 ans, ce chiffre est ramené à un tiers. Depuis le 1er janvier 2019, plus de 10 000 personnes sont décédées à cause du tabac. À la lecture de ces chiffres, difficile de croire que la consommation de tabac a baissé. Et pourtant ! Le Ministère des Solidarités et de la Santé annonce une baisse historique du nombre de fumeurs : 1 million en 2017 ! Qui plus est, on remarque que, depuis les années 60, la proportion de fumeurs masculins est passée de 57% à 32%. Autre chiffre encourageant, on estime entre 400 000 et 500 000 le nombre de fumeurs réguliers qui arrêtent de fumer chaque année pour au moins un an.

Infographie-Tabac

II. Comment j’ai commencé à fumer ?

A. Le déclencheur

Back to 2008. J’ai 17 ans, je commence à m’intéresser sérieusement à la mode et vis ma vie d’ado de ville de province tant bien que mal. C’est aussi à cette époque, évidemment, que je m’intéresse plus que sérieusement à la gente féminine. Après des râteaux incalculables quelques tentatives, je tombe sur celle qui deviendra par la suite ce que l’on appelle mon « premier grand amour ».

Fille

Tout se passe bien jusqu’à mes 21 ans. Puis, du jour au lendemain, je passe du statut « en couple » à celui de « célibataire ». « Oui mais tu comprends, c’est devenu la routine blablabla ». Clairement, je tombe des nues, d’autant plus que rien ne m’avait mis la puce à l’oreille auparavant ! La vie change de goût, devient plus amère, plus terne. Me voyant arriver chaque jour avec une tête d’enterrement à la fac, un pote, fumeur, me propose un jour de tirer une latte : « tire une latte, tu te sentiras mieux après ». C’était le premier jour de six ans de tabagisme plus qu’actif.

B. Ma vie en tant que fumeur

Je commence donc par une latte, que je vais demander à mes amis fumeurs de plus en plus régulièrement : au début le matin quand ça n’allait pas fort, puis chaque matin qu’importe mon état d’esprit et à chaque pause. Les lattes deviennent des fins de cigarettes, les fins de cigarettes des cigarettes entières, jusqu’à ce qu’on me dise : « il serait peut-être tant de te rendre à l’évidence. T’es un fumeur, va t’acheter des paquets et arrête de taxer ! »

Cendrier

Ma première fois devant le buraliste est des plus cocasses. J’ai le sentiment d’acheter de la drogue et que tout le monde me fixe. Je sors en quatrième vitesse du bar tabac, en espérant ne croiser ni mes parents ni une de leurs connaissances. Puis je me fixe des règles : x cigarettes par jour, pas plus ! Si j’en ai fumé une et que, cinq minutes plus tard, j’en veut une autre, j’attends au moins deux heures, etc. Des principes qu’évidemment je vais très rapidement oublier !

Smoke

J’ai donc 21 ans, une solide bande de potes et je sors du jeudi au samedi. Tous ceux qui fument vous le diront, l’alcool est le meilleur ami de la cigarette, et vice versa. Ma consommation explose. D’un paquet pour deux semaines, je passe à un paquet par semaine puis, très vite, à un paquet par jour. Et en soirée, facilement à deux paquets ! Mon budget cigarettes prend de plus en plus de place dans mon budget global mais qu’importe, tant que j’ai assez de paquets en réserve.

Party

A ce moment précis, rien ne me ferait arrêter de fumer. Cependant, c’est à cette même période qu’apparaissent les cigarettes électroniques. Si, au départ, je prends ça pour des gadgets plutôt qu’autre chose, certains points m’attirent : aucune odeur de tabac (je n’ai jamais pu la supporter, même en étant fumeur), pouvant être fumées partout (à l’époque) et un gain pécuniaire non négligeable (on promettait alors un réservoir tellement important qu’il représenterait environ deux paquets pour le prix d’un).

Je me laisse tenter et en achète une. Puis je la mets très rapidement au placard pour diverses raisons : étonnamment, cela me fait tousser, je déteste la sensation de l’embout solide et j’ai l’impression de fumer du vent. Les goûts « pêche du Brésil une après-midi d’été » ou bien « matin humide en Charentes » ni changeront rien, ce n’est définitivement pas pour moi !

III. Comment j’ai arrêté de fumer ?

A. Les signaux d’alerte

Les années passent, j’arrive à l’aube de ma vingt-septième année. Je fume toujours autant, mais quelque-chose a changé. Dans la quinzaine de cigarettes que je fume quotidiennement, j’en classe au moins la moitié comme « inutiles » : celle de mon trajet pour aller au travail le matin, qui me dégoûte au plus au point mais que je me dois de terminer car allumée, celle de 11h, qui me sert de pause, celle de midi, avant de manger, celle de 14h, qui accompagne le café de fin de repas, celle de 16h, pour une nouvelle pause, celle de 18h30, de fin de journée et deux trois autres dans la soirée.

Fumer-Cigarette

Outre le fait d’avoir le sentiment de « gaspiller » des clopes, je commence à ressentir cet excès de nicotine sur mon organisme : apnée du sommeil, ce qui entraîne de la fatigue au réveil (et des ronflements inhumains d’après ma chère et tendre), toux quasi permanente mais, surtout, des essoufflements (pour exemple, difficile de tenir une conversation tout en marchant avec quelqu’un). Le pire c’est cette douleur dans la poitrine qui se fait sentir dès le réveil et qui s’accentue de jour en jour. Je me rends à l’évidence, il va falloir très nettement ralentir la cigarette, voire même arrêter complètement !

B. Les moyens pour arrêter

Clairement, j’ai à peu près tout tester ! De la gomme nicotine aux patches, j’ai essayé bon nombre de substituts à la cigarette, avec plus ou moins de réussite. Si mon avis est purement subjectif, voici ce que j’en ai pensé :

Fumer-Produits

– Les gommes nicotine : tout bon fumeur nous le dira, avoir un paquet de chewing-gums en permanence sur soi est clairement vital pour notre vie sociale. En effet, avoir une haleine de cendrier froid n’a jamais aidé à faire la conversation avec qui que ce soit. Ces gommes se présentent donc comme une alternative plutôt intéressante et ont, sur le papier, plusieurs points positifs. Proposées généralement en deux formats (2mg et 4mg), elles permettent un arrêt immédiat ou progressif en remplaçant les cigarettes inutiles. Diffusant progressivement de la nicotine, elles permettent en théorie d’oublier l’envie de fumer en remplaçant le geste par la mastication. Cerise sur le gâteau, elles ont bien souvent un parfum menthe, pour une haleine fraîche ! Personnellement, je n’ai pu m’en servir que deux fois avant d’arrêter et ce pour une simple et bonne raison : elles provoquaient chez moi des maux de crâne et nausées. Oui, carrément !

Fumer-Gomme

– Le spray buccal : ici, le principe diffère quelque peu des gommes. Au lieu d’une diffusion longue et continue, le spray buccal agit instantanément et est sensé stopper les envies irrésistibles de tabac. Conçu pour un arrêt immédiat, il est normalement plus « agressif » que les gommes. Son utilisation se divise en trois étapes, réparties en plusieurs semaines, pour un total de trois mois. L’étape 1 englobe donc les six premières semaines de sevrage. Durant cette période, le spray doit être utilisé aux moments habituels de consommation de tabac. Une pulvérisation doit normalement suffire mais si l’envie de fumer persiste, une seconde est alors nécessaire. Lors de l’étape deux (semaines 7 à 9), le nombre de pulvérisations doit être réduit pour arriver à la fin de la semaine neuf à la moitié des pulvérisations de l’étape 1. Enfin l’étape trois (semaines 10 à 12) permet de continuer à réduire le nombre de pulvérisations quotidiennes jusqu’à disparition totale. En théorie, cette méthode de sevrage semble être la plus simple. En réalité, elle est clairement inefficace ! Enfin, de par mon expérience. J’ai trouvé que l’envie ne s’estompait pas vraiment et que le goût était à force écoeurant.

Fumer-Spray

– L’inhaleur : autre produit qui semble plutôt bien fonctionner à première vue, l’inhaleur permet de garder le geste de la cigarette sans les méfaits du tabac. Pour faire simple, l’objet se présente sous la forme d’un petit embout en plastique qui embarque une cartouche transparente, interchangeable et contenant un tampon imprégné de nicotine et de menthol. À chaque aspiration, on inhale alors de l’air chargé de microgoutelettes de nicotine qui sont ensuite diffusées à travers la muqueuse buccale avant d’atteindre la circulation sanguine. Là encore, cette méthode est aussi bien destinée à un sevrage immédiat que progressif. Pour la première solution, le principe consiste à « tirer » sur l’inhaleur lorsque l’envie de fumer se fait sentir. Il s’agit par la suite de réduire le nombre de cartouches jusqu’à ne plus en utiliser du tout. Plutôt ludique au départ, on a rapidement l’impression d’aspirer du vent et, de fait, que cela soit inefficace (le design de l’objet me fait en plus penser à un suppositoire). Bref, une autre solution qui ne m’a pas convaincu !

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– La cigarette électronique : sans aucun doute le produit qui se rapproche le plus d’une cigarette traditionnelle. Composée d’une batterie et d’un clearomiseur, qui associe un réservoir et une résistance (le système de vaporisation), la cigarette électronique vaporise un liquide contenant (ou non) de la nicotine. L’e-cigarette présente alors de nombreux avantages : pas de combustion de goudron (uniquement de la vapeur), économique (un budget tabac pouvant être divisé par 5), plus besoin de cendriers ni de briquets, les odeurs de tabac disparaissent et on garde la même gestuelle. Cependant, j’ai quand même réussi à lui trouver des défauts, comme son poids, la sensation désagréable d’un embout solide dans la bouche et le fait que cela me fasse tousser ! Aussi, il est parfois difficile de savoir quand s’arrêter.

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– Les patches : dernière méthode de sevrage que j’ai pu tester, les patches. Clairement, ce sont ceux dans lesquels j’avais placé le moins d’espoir. En effet, j’ai pu croiser plusieurs personnes en porter mais continuant à fumer. Je partais donc plutôt défaitiste, mais vu que mes précédentes tentatives pour arrêter de fumer avaient échoué, il fallait que je teste une dernière solution. Les patches ont un fonctionnement on ne peut plus simple : il suffit de les coller sur le bras pour qu’ils diffusent tout au long de la journée la dose de nicotine souhaitée. En fonction de notre propension à fumer, le sevrage par patches est plus ou moins long (il est établi avec notre médecin traitant). Pour moi, je devais partir sur quatre mois de traitement. Je n’ai au final eu besoin que de cinq jours !

Fumer-Patch

IV. Une méthode adaptée à chacun

Ce sont donc les patches qui m’ont permis de stopper efficacement et assez rapidement une addiction que je trainais depuis sept ans maintenant. Clairement, les patches ne sont pas systématiquement aussi performants. Pour moi, la raison de mon arrêt prématuré est toute simple : je suis allergique à l’adhésif du patch. Durant ces cinq jours de sevrage, j’ai toutefois eu le temps de me rendre compte de l’effet plutôt efficace de ces patches : lorsqu’arrivaient les moments où je fumais, aucune envie ne s’en dégageait. Depuis, je n’ai jamais vraiment eu envie de fumer, sauf parfois lors de soirées entre amis. Aussi, chaque personne a des besoins bien spécifiques et ce qui a marché pour moi ne fonctionnera pas forcément pour d’autres, et inversement.

Fumer-Content

Mais outre un besoin de retrouver une santé correcte, ma meilleure motivation a été le projet que nous avions, ma conjointe et moi, d’avoir un enfant. Je voulais mettre toutes les chances de mon côté et que tout se passe bien, que ce soit lors de son développement que son bien-être futur. De mon expérience, je retiens donc un principe de base qui, pour moi, est obligatoire à la réussite d’un projet comme vouloir arrêter de fumer : avoir un objectif. Quelqu’il soit, c’est sans aucun doute lui qui nous aidera à stopper la cigarette, plus que les différentes techniques de sevrage.

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