L’éjaculation précoce : quelles solutions ?

Contrairement aux femmes et à leurs indénombrables complexes, l’homme en a trois dont deux sont en rapport avec le sexe : perdre ses cheveux, bander mou et être éjaculateur précoce ! Ejaculation précoce, deux mots qui terrifient les hommes du monde entier. Nous voulons tous être des amants exceptionnellement performants mais la nature en a décidé autrement et certains d’entre nous en souffrent. Messieurs, n’ayez plus honte ni peur s’il vous arrive de lâcher la purée sans le vouloir, nous sommes tous des victimes potentielles. Aujourd’hui, on décide de tuer les tabous et d’en parler avec vous…

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Sexualité et éjaculation

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il faut savoir que l’éjaculation précoce est un des maux que le XXIème siècle a engendrés. Jadis, la sexualité n’avait qu’un seul but : procréer. On avait des rapports sexuels uniquement dans l’espoir d’avoir une descendance, ils étaient furtifs et il n’y avait pas de notions de plaisir. Les hommes prenaient du bon temps avec des prostituées ou leurs maîtresses. Nous sommes génétiquement programmés pour avoir une sexualité dite procréatrice et si nous n’avions pas acquis le contrôle de l’orgasme masculin, nous serions tous amenés à éjaculer en quelques minutes seulement. La libération sexuelle, l’émancipation de la femme, la pornographie, les nouveaux modes de vie, la société… tout cela fait qu’aujourd’hui l’homme se sent dans l’obligation d’être sexuellement performant afin d’assouvir son/sa partenaire qui sont de plus en plus exigeants et moins tolérants. Désormais, les femmes réclament le droit au plaisir et à l’orgasme et cherchent un amant qui saura combler leurs attentes. C’est le passage d’une sexualité procréatrice à une sexualité de plaisir qui a révélé chez certains ce trouble d’éjaculation précoce, une éjaculation trop rapide qui ne correspond plus aux nouvelles normes en terme de sexualité.

« Ce problème apparemment strictement masculin impacte donc sur la sexualité féminine. L’éjaculation prématurée est désormais la faille des hommes qui n’arrivent pas à donner du plaisir à leur partenaire et les jeunes femmes qui n’ont pas trente ans n’en sont plus dupes. En quelque sorte, elles ne veulent pas « d’amant TGV ». Le plaisir sexuel, si longtemps réservé à l’homme, est donc devenu partagé, ce qui fait émerger cette plainte sexuelle féminine quand l’éjaculation est trop rapide. » – Dr Marc Bonnard, psychiatre et sexologue.

L’éjaculation précoce

Même si nous sommes tous conscients de ce qu’est l’éjaculation précoce, nous avons interrogé des experts sur le sujet, à savoir des psychiatres et sexologues, afin d’en savoir un peu plus sur ce trouble sexuel.
« Il faut éviter de parler d’éjaculation “précoce” car c’est un qualificatif très mal vécu. Mieux vaut parler d’éjaculation “rapide” ou “prématurée”, c’est-à-dire avant que (le) ou la partenaire ait pu avoir un orgasme. » – Dr Anne Marie Lazartigues, psychiatre et sexologue.

Définition

Rappelons aux moins scientifiques d’entre nous que l’éjaculation est l’émission par l’homme d’un jet saccadé d’un liquide biologique animal (contenant entre autres les spermatozoïdes) plus connu sous le nom de sperme. Le réflexe éjaculatoire survient au moment de l’orgasme masculin. De manière générale, on parle d’éjaculation précoce ou, comme préfèrent dire les médecins, « prématurée » quand celle-ci intervient fréquemment avant l’orgasme de la/du partenaire. Ce trouble peut-être évalué via 3 critères : le temps, le manque de contrôle et la gêne occasionnée. Même si le temps est une valeur subjective, on considère qu’une éjaculation est rapide lorsqu’elle arrive 2 à 5 min après le début de l’acte, que ce soit durant les préliminaires ou au bout de quelques va-et-vient seulement. Quand l’homme éjacule avant même la pénétration, on parle alors d’éjaculation ante portas. Les hommes souffrant d’éjaculation prématurée sont des individus qui ne savent pas ou pas assez gérer leur excitation, l’arrivée de l’orgasme et ne peuvent pas ou difficilement contrôler le réflexe éjaculatoire qui est irréversible. Enfin, l’éjaculation prématurée est considérée comme un trouble à partir du moment ou elle a un impact sur l’individu, dès que celui-ci ressent une détresse, une souffrance liée à ce problème sexuel. Aujourd’hui, des études récentes ont estimé que 30% des hommes dans le monde sont des éjaculateurs précoces. Soulignons également le fait qu’il ne s’agit en aucun cas qu’une maladie mais d’un trouble sexuel. Nuance.

« L’éjaculation précoce n’est pas une maladie en soi car l’homme qui éjacule rapidement fonctionne très bien sexuellement. Son pénis est strictement normal et la taille de son sexe n’a rien à voir avec la rapidité de son éjaculation. L’éjaculation est normale, mais l’éjaculateur prématuré présente une excitabilité trop importante et ne repère pas les sensations prémonitoires de l’orgasme. C’est un trouble qui ne devient problématique que s’il est une source de gêne, d’inconfort ou de détresse pour la personne qui s’en plaint ou pour sa (son) partenaire. »Dr Marc Bonnard, psychiatre et sexologue.

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Pourquoi ?

Après de multiples recherches et quelques pistes sur d’éventuels facteurs génétiques, psychologiques, neurobiologiques, urologiques et endocriniens, il est aujourd’hui impossible de connaître la ou les causes réelles de l’éjaculation précoce. Aussi, il n’existe pas une catégorie d’hommes qui soit plus prédisposée qu’une autre à être atteinte de ce trouble. Même si l’éjaculation prématurée reste un mystère pour le corps médical, il semblerait que l’apprentissage de la sexualité ait une part de responsabilité. En effet, souvent, les éjaculateurs précoces sont des hommes ayant eut recours à ce qu’on appelle la masturbation honteuse (c’est-à-dire cachée et rapide avec la peur de se faire surprendre) ou des adolescents/jeunes adultes qui débutent leur vie sexuelle et qui ne savent pas encore maîtriser leur excitation. C’est pourquoi les premiers rapports sont souvent expéditifs, l’homme n’est alors qu’en phase d’apprentissage. Aussi, certaines pathologies somatiques (thyroïdienne, prostatique…) peuvent causer l’éjaculation précoce. Pareil pour les stupéfiants, comme avec la prise de cocaïne, d’amphétamines, de nitrite d’amyle (poppers), nicotine à forte dose… Le stress et l’anxiété sont également des facteurs aggravants tout comme l’émoi d’une première fois avec un/une nouvelle partenaire ou après une période d’abstinence. Toutefois, pas la peine de s’inquiéter quand cela arrive de manière occasionnelle.

« Il y a eu beaucoup d’hypothèses sur les causes de l’éjaculation prématurée sans qu’il en sorte grand chose de concluant. Il semble que les conditions de l’apprentissage sexuel et conditions du premier rapport puissent jouer un rôle. » – Dr Anne-Marie Lazartigues, psychiatre et sexologue.

Quelles conséquences ?

Au delà du trouble en lui-même, les conséquences de ce dernier sur l’individu sont diverses et multiples : perte de confiance en soi, sentiment de honte et de culpabilité, remise en cause de la virilité, baisse de libido, rapport conflictuel avec le/la partenaire, anxiété, dépression… Les éjaculateurs précoces se sentent diminués, handicapés car ils n’arrivent pas à avoir un rapport sexuel dit « normal ». Encore tabou, c’est un sujet difficilement abordable qui les renferment sur eux-même avec une peur grandissante d’échouer à chaque rapport qui peut entraîner un cercle vicieux et mener à une séparation du couple voire même à l’arrêt d’une vie sexuelle et ainsi à un certain épanouissement en tant qu’homme.

« Un éjaculateur rapide se dévalorise et se culpabilise aussi de ne pas arriver à donner du plaisir par la pénétration. Il ne se sent pas à la hauteur… » – Dr Anne Marie Lazartigues, psychiatre/sexologue.

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Ejaculation précoce : les solutions

Bien qu’il n’y ait pas (encore) de remède miracle pour résoudre le problème de manière immédiate et définitive, il existe des solutions efficaces pour lutter contre l’éjaculation précoce.

« Il y a des possibilités d’amélioration incontestables. On note parfois des moments de rechute mais pas chez tout le monde et, au fur et à mesure que ces moments disparaissent, une reprise de confiance en soi positive pour l’individu et le couple. » – Dr Anne Marie Lazartigues, psychiatre/sexologue.

En parler

Bien que douloureux et tabou, la meilleure solution est d’en parler. Mettre des mots sur ce qu’on vit, ce qu’on ressent avec un médecin spécialisé et son/sa partenaire est un premier pas pour gérer l’éjaculation prématurée. Le fait de consulter et de se sentir soutenu permet à l’homme de reprendre confiance en lui ce qui l’aidera davantage durant l’acte sexuel. Dans certains cas, lorsque l’éjaculation précoce est occasionnelle, de simples conseils psycho-sexuels suffiront. Cela peut arriver à tout le monde, il n’y a pas de quoi en avoir honte, prenez-vous en main !
« Pour les sexologues, le rôle et la participation de la partenaire sont très importants dans les thérapies. L’éjaculation prématurée est un problème de couple et l’inclusion de la partenaire dans la démarche de soins paraît indispensable, sauf, évidemment, si l’homme ne vit pas en couple. La participation active de la partenaire est le plus souvent fructueuse et nécessaire pour un meilleur résultat. Elle optimise les résultats d’une sexothérapie. » – Dr Marc Bonnard, psychiatre et sexologue.

Traitements médicamenteux

Comme on vient de le dire, il n’existe pas de solution miracle mais il est possible de suivre un traitement médicamenteux pour régler ce trouble. Depuis 2013, en France, la Dapoxetine est indiqué dans le traitement de l’éjaculation précoce. Aussi, certains médicaments comme les antidépresseurs ont pour effets secondaires de retarder l’éjaculation. Attention, parfois ces derniers empêchent totalement l’éjaculation. Demandez conseil à votre médecin !

« Contrairement à la dysfonction érectile, l’éjaculation précoce n’augmente pas avec l’âge. Au contraire, elle a tendance à diminuer avec le temps et l’expérience.  » – Dr Marc Bonnard, psychiatre et sexologue.

Sexothérapie

Ces thérapies sont en fait une rééducation comportementale ayant pour objectif d’apprendre à l’homme à gérer et à moduler son excitation. Le but est qu’il puisse parvenir à prendre conscience et à reconnaître la montée de son plaisir pour ensuite contrôler le réflexe éjaculatoire. Pour ce faire, l’homme devra se prêter seul ou avec son/sa partenaire à de petits exercices afin de mieux connaître son corps et son désir. Il est tout à fait possible de combiner sexothérapie et traitement médicamenteux.

« Plusieurs techniques sont utilisées en sexothérapie comme le sensate focus, des exercices de masturbation, rééducation en solo ou en couple avec la méthode du « stop and go », le « squeeze » dit  « compression du gland ». Relaxation et sexologie peuvent être utiles pour apprendre à lâcher prise et à respirer par le ventre. » – Dr Marc Bonnard, psychiatre et sexologue.

Stop and go : comme son nom l’indique, cette technique consiste, durant l’acte, à stopper le mouvement de va-et-vient lorsque l’homme est sur le point de jouir puis de reprendre la pénétration quand l’envie d’éjaculer s’est dissipée.

Squeeze/compression du gland : ici, le/la partenaire doit, au moment où l’homme sent l’éjaculation venir, comprimer le gland pour stopper tout. Il suffit de presser en posant un pouce sur le frein, deux doigts sur le gland et deux autres doigts viennent bloquer la base de la verge au dessus des testicules. Vous pouvez également exercer cette méthode vous-même.

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Bonus

Pour finir (sans mauvais jeu de mot), voici quelques petits trucs et astuces pour retarder l’éjaculation. Lors des préliminaires, n’hésitez pas à prendre votre temps en évitant au maximum de toucher ou de vous faire toucher l’organe sexuel, généralement sensible. Une focalisation trop importante sur le sexe d’entrée de jeu peut déclencher chez certains une éjaculation prématurée. Profitez-en pour embrasser, masser et caresser votre partenaire. Laissez-vous aller et ne pensez pas à votre éjaculation, désolidarisez-vous de votre phallus ! Vous pouvez aussi devenir passif et laisser votre partenaire prendre les choses en mains. Position Andromaque : allongez-vous sur le dos et on se détend… Méthode efficace et non reconnue par le Ministère de la Santé ni par les médecins et chercheurs : durant l’acte, pensez à un membre de votre famille, grand-mère, oncle, cousin. Ejaculation retardée garantie ou remboursée ! Attention, risque de demi-molle…

« Chaque cas est vraiment individuel. Certains hommes verront disparaître totalement leur problème d’éjaculation rapide quite à le revoir surgir lors d’une fragilisation par des conflits affectifs ou d’un changement de partenaire. D’autres qui n’auront pas la patience d’être compliant à un traitement de sexothérapie devront faire avec» – Dr Marc Bonnard, psychiatre/sexologue.

Merci au Dr Anne-Marie Lazartigues et au Dr Marc Bonnard pour avoir accepté de répondre à nos questions. Pour en savoir plus, Osez les conseils d’un sexologue pour maîtriser votre éjaculation

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