L’histoire du smoking

C’est un fait : le smoking est considéré comme LA pièce la plus élégante du vestiaire masculin. L’imaginaire le veut souvent immettable, tant il impressionne et tant les conventions en la matière semblent strictes lorsqu’on se renseigne sur comment le porter dans les règles de l’art. En ce jour de veille des fêtes de fin d’années, nous avons cherché à connaître l’histoire de cette pièce si mythique qu’elle nous effraie ! Vous êtes-vous déjà demandé d’où provenait son nom ? Quel rapport il avait avec le fait de fumer ? Ces questions ne sont évidemment qu’un indice pour vous mettre sur la bonne piste. Aujourd’hui, replongeons-nous dans l’histoire du smoking.

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1600 et l’arrivée de la soie orientale en Europe

Nous sommes dans les années 1600 et les découvertes du siècle précédent commencent à porter leurs fruits. L’Europe se met alors à commercer avec les pays de l’Est lointain et ses émissaires ramènent de nombreux produits locaux encore inédits sur nos terres : café, épices, tabac ainsi que de nombreuses étoffes. Dès lors, il devint populaire d’après les écrits de certains amiraux de l’époque, de se faire dépeindre le portrait portant une robe de chambre en soie ou un banyan (robe de chambre indienne) lorsqu’on était riche. Ce vêtement donc porté dans des moments présumés de « détente » pose les jalons de ce que serait la veste de smoking quelques siècles plus tard.

Isaac Newton dans son banyan

Isaac Newton dans son banyan

Au fur et à mesure que les années passèrent, cette robe resta réservée à un usage privé et n’était portée que par le maître de maison, une fois qu’il avait enfilé son pyjama. A l’époque, les résidences n’étant pas chauffées, ce type de vêtement devint populaire pour rester au chaud durant les fraîches nuits. Il avait donc un côté pratique en plus de sa beauté remarquable. Pourtant, seuls la femme, les enfants et le valet personnel ne pouvaient le voir, car la robe de chambre ne sortait que rarement de sa pièce de prédilection : la chambre à coucher.

Une veste pour fumer

L’évolution majeure de cette veste viendra dans les années 1850 après la guerre de Crimée amenant les grandes puissances du monde à s’affronter. Positionnés en Turquie durant trois ans (de 1853 à 1856), les soldats, notamment anglais, ont commencé à fumer plus abondamment, démocratisant ainsi cet acte à leur retour au pays grâce à un import de tabac turc accru. Il était alors devenu légion d’enfiler après le dîner cette sorte de robe de chambre courte faite de velours, de cachemire, de laine ou de flanelle doublée de couleurs vives avec une petit couvre-chef et des pantoufles à l’inspiration orientale. La plupart du temps en communauté, les hommes se changeaient pour mettre leur veste particulière et se rendre dans le fumoir ensemble, s’allumer un cigare, une pipe ou autre et parler politique en dégustant un verre d’eau-de-vie. Le port de la veste permettait alors de protéger leurs vêtements de la cendre et des odeurs. Ils la retiraient ensuite pour rejoindre leur femme. C’est alors que cette pièce prit son nom définitif de « smoking jacket ».

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Oscar Wilde en tenue de fumeur

D’après les dires, cette coutume perdura jusqu’en 1910, fin de l’époque édouardienne, et on retient Edouard VII comme la tête de gondole de l’ensemble du mouvement. L’histoire raconte que tant il chérissait ce vêtement, il demanda aux tailleurs Henry Poole & Co de Savile Row la commande spéciale d’une smoking jacket légèrement modifiée. Le futur roi fit ainsi faire une veste moins encombrante que la traditionnelle queue-de-pie portée habituellement au repas. Faite de soie bleue, elle aurait quasiment les mêmes attributs que sa smoking jacket bien aimée mais plus de tenue et une boutonnière simple. Ce fut désormais la tenue qu’il se mit à porter à table et lors de ses activités de détente. A priori, lors d’un voyage Outre-Atlantique, alors invité au bal organisé dans la maison de James Brown Potter, un millionaire local vivant à Tuxedo Park, dans la banlieue de New-York, le prince vint dans son habit informel favori. On prête alors ces origines au nom que les américains donnent à la veste de smoking (le tuxedo).

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Au final, fumer était devenu si populaire que les préoccupations en matière de santé naquirent à cette époque ainsi que toute une ligne de vêtements dérivés de la smoking jacket originale destinée à cette pratique : jaquettes, vestes de dîner, vestes de soirée, vestes de costume, redingotes, vestes queue-de-pie, etc. D’ailleurs, offrir un cadeau de fumeur à un homme riche était quelque chose de très apprécié. Par extension, tous ces vêtements que l’on portait à cette époque pour se détendre sont ensuite rentrés dans un cadre plus formel même si l’homme avait à cet instant trouvé le parfait compromis entre confort et élégance.

La veste de smoking dans l’après-guerre

C’est à partir des années 1930 aux Etats-Unis qu’il commença à prendre la forme sous laquelle on le connait aujourd’hui, celle d’un ensemble que l’on porte pour les grandes occasions. Jusqu’après la Seconde Guerre Mondiale, les vêtements pour fumeur rentrèrent dans le rang au point que les hommes ne s’habillaient plus spécialement pour fumer tant la pratique faisait désormais partie intégrante de leur vie courante. Son port devint alors plus exceptionnel, mais le smoking était devenu plus qu’un vêtement d’intérieur et son évolution l’avait élevé au statut « d’élégance masculine ultime ». Ses plus illustres adeptes de l’époque : Dean Martin, Cary Grant ou encore Fred Astaire portaient aussi bien le smoking dans son sens premier du terme en privé, que sa déclinaison en public. C’est à cette époque que la collection de smoking de Hugh Hefner, fondateur du magazine Play Boy apparut aux yeux du monde, bâtissant ainsi une partie de sa réputation.

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Hugh Hefner, un des plus grands collectionneurs de smokings au monde

Les chanteurs populaires de l’époque aux Etats-Unis commencèrent à porter leurs smokings sur scène de manière élégante, avec un noeud papillon noir, un pantalon formel, et soit des richelieus, soit des pantoufles en velours que les anglo-saxons appellent « Prince Albert slipper ». Pour la première fois, la veste de smoking se modernisait et ils faisaient l’étalage de leurs excentricités autour de cette pièce la plupart du temps faite sur-mesure. Si les couleurs restaient généralement bordeaux, marine et noir, c’est sur les motifs et les doublures que l’on s’est alors vu en présence de vestes bien moins sobres. Dean Martin fut d’ailleurs reconnu pour ses smokings brillants, et Fred Astaire même enterré avec son favori !

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Frank Sinatra, grand amateur de smoking jackets

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Peter Lawford, Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr. et Joey Bishop, plus connus sous le nom The Rat Pack

La veste de smoking aujourd’hui

Le temps a passé et le smoking est devenu un vêtement que l’homme ne porte que rarement lors de mondanités en tous genres : dîners importants, soirées de gala, sorties nécessitant une tenue de soirée, etc. Par ailleurs, si au fil du temps on les a confondues, la smoking jacket diffère de la dinner jacket dans les faits historiques. Si a priori seuls les anglo-saxons ont la possibilité linguistique d’utiliser les deux termes séparément, on peut néanmoins les distinguer dans notre chère langue de Molière en les appelant respectivement smoking, désignant cet ensemble que l’on porte en soirée, et « veste de fumoir ».

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La veste de fumoir

Malgré ce, même si elle est rare, la différence se fait encore. Ainsi, on devrait désigner par l’appellation smoking une veste avec les caractéristiques suivantes :

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– Une veste descendant jusqu’à mi-cuisses
– Faite de velours, parfois brodée de décorations
– Avec un col châle matelassé en satin
– Aux poignets retournés
– Comportant trois poches sur l’extérieur dont une réservée pour y placer un cigare
– Ne comportant la plupart du temps pas de fente dans le dos, légèrement rigide et à la coupe plus confortable que celle d’un blazer
– A fermeture croisée par des brandebourgs
– Parfois ceinturée

La veste de smoking

Par extension et par déformation, la veste de smoking est donc devenue une pièce dont les caractéristiques ont considérablement évolué. Désormais, on la trouve dans la plupart des matières utilisées pour la confection d’un costume traditionnel sous des formes diverses. Sauf excentricités de créateurs, on peut trouver des attributs communs à la plupart des vestes d’aujourd’hui :

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– Col pointu
– Col châle
– Boutonnière croisée avec variation du nombre de boutons (2, 4, 6)
– Boutonnière simple avec la plupart du temps 1 bouton, sinon 2
– Pas de fente à l’arrière
– Composition en laine, mohair, soie ou velours

Pour finir…

Evidemment, on ne peut incriminer personne pour la déformation faite autour de ce type de vêtement au cours de années. A posteriori, nous les européens, employons le mot smoking pour cet élégant costume de soirée et n’avons plus de mot pour ce que l’on pourrait apparenter à une « robe de chambre courte que l’on met spécialement pour fumer ». Les anglo-saxons (Royaume-Uni compris), distinguent eux la dinner jacket ou tuxedo de la smoking jacket. Quoi qu’il en soit, l’usage et la fabrication de ce type de veste semblent perdus, mis à part dans le dressing du créateur de Playboy ou chez la marque anglaise Derek Rose qui en propose une contre quelques euros. C’est pourquoi lors de notre prochain article qui lui sera dédié, nous assumerons cette déformation contemporaine pour nous intéresser à « comment porter le smoking », celui que l’on met pour aller au bal (expression désuète une nouvelle fois assumée).

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