Rick Owens FW 09

Le défilé Rick Owens de la Fashion Week FW 09 était attendu, car c’était son premier défilé entièrement dédié à une collection Homme, si l’on excepte une ancienne tentative, unique, il y a presque quinze ans (FW 06). En outre, la collection précédente (SS 09) avait été relativement décevante, avec des redites et peu de véritables nouveautés.

Créateur d’origine californienne installé maintenant en France, Rick Owens n’est venu au stylisme que tard. Après avoir arrêté ses études d’art au Otis Parsons Arts Institute, il a d’abord travaillé comme tailleur, démarquant des patrons de marques célèbres pour des sous-traitants spécialisés dans la copie. Selon lui, cette expérience, pratique et technique, qu’il compare à celle de Picasso copiant les classiques et que peu de créateurs ont, serait l’une des explications de la facilité avec laquelle il se joue des coupes les plus compliquées. Son style se définit par des alliances paradoxales et son élégance barbare, en un mot « glunge » (à la fois « glamour » et « grunge »).

On retrouve dans cette collection certains de traits stylistiques qui ont fait la réputation de Rick Owens, notamment l’oversized, si ce n’est qu’il mobilisé désormais plus localement, comme dans ce manteau aux revers surdimensionnés :

Si la palette reste classiquement « dark », avec des camaïeux de noirs et de gris (et quelques marrons), ce défilé témoigne d’une évolution nette de son travail vers plus de construction, de formalisme, voire de structure, alors que Rick Owens était jusqu’à présent connu pour des coupes plus fluides, voire informelles.


Les associations retenues pour ce défilé privilégient une taille très marquée, et une silhouette presque géométrique, construite autour d’une forme en sablier, ou en X (notons que ce type de silhouette était déjà présent dans défilé Femme de la saison estivale précédente) :


On remarquera aussi la volonté d’éviter la traditionnelle coupure entre haut et bas au profit d’une silhouette étagée sur trois niveaux (haut–moyen–bas), par l’utilisation presque systématique de « skorts » (« short » + « skirt »), qui font la transition entre les parties supérieures et inférieures du corps.

Ces « skorts » ne féminisent que très peu la silhouette, à la différence de certaines des robes coupées cette saison par Rick Owens.

Notons, pour conclure, les bottes « floues » ou « molles », déjà aperçues chez les femmes, qui n’épousent pas la forme du mollet et envisagent l’ensemble « mollet/cheville/pied » comme un tout (en forme de « pied d’éléphant »), et non comme des entités distinctes.


Il convient de reconnaître dans ce défilé, qui est à mon sens l’un des plus aboutis, une inflexion certaine du travail de Rick Owens.

La question reste posée néanmoins de l’originalité de cette collection, puisque les points communs avec les collections Femme sont nombreux (des coiffes à la nonne aux silhouettes en X, en passant par les bottes floues), comme si Rick Owens avait transposé dans le registre masculin les éléments les plus caractéristiques de son vocabulaire développé dans les collections féminines, où les expérimentations, comme souvent en stylisme, sont les plus originales.

finalbq

Il n’en reste pas moins que ce défilé, accompagné par l’Elektra de Strauss, a été l’un des plus réussis de cette Fashion Week, et chaleureusement accueilli.