Ann Demeulemeester Automne-Hiver 2009

L’une des questions qui agitaient le milieu de la mode dans les semaines précédant l’ouverture de la Fashion Week parisienne (Automne/Hiver 2009) était la suivante : “En ces temps de récession mondiale, les stylistes vont-ils faire profil bas, et privilégier des coupes relativement sages pour assurer à leur maison un volume de ventes raisonnable, ou bien, au contraire, vont-ils faire assaut de créativité, et donc de radicalité, pour faire la différence avec les autres maisons ?”.

Quelques éléments de réponse avec le défilé, très attendu, de la styliste belge, Ann Demeulemeester, qui présentait samedi à Paris sa huitième collection Homme, dans le bel espace du Couvent des Cordeliers, sur une bande son, hiératique et solennelle comme une marche funèbre, composée par Nick Cave (dont le fils, soit dit en passant, était présent, puisqu’il défilait).

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Depuis son entrée remarquée, en 1986, sur la scène de la mode lorsqu’elle loua une camionnette pour se rendre à la Fashion Week de Londres en compagnie de cinq autres sylistes, connus depuis sous l’étiquette journalistique du “Groupe des Six” (Walter Van Beirendonck, Marina Yee, Dries Van Noten, Dirk Van Saene et Dirk Bikkemberg), Ann Demeulemeester développe un style singulier, à la fois punk et romantique, qui tend à effacer les frontières entre masculin et féminin.

Les traits de style qui ont fait sa réputation sont toujours présents : l’association bottes/chapeaux (cette saison : des hauts-de-forme écrasés et bosselés), les pantalons enfilés dans les bottes (cavalières en l’occurrence), les superpositions de vêtements, et les variations sur les uniformes militaires, ou encore les vêtements de corps de métier.

Ann Demeulemeester exploite également toujours cet évasement/ouverture aux hanches qui contraste avec des vestes boutonnées haut et des bas plus ajustés pour donner cette silhouette caractéristique en forme de losange.

Cette année, une inspiration très dix-huitième semble prédominer dans ses vêtements qui hésitent entre habit aristocratique et uniforme militaire, entre Sweeney Todd et Dead Man. Cette inspiration semble d’ailleurs être partagée puisqu’on la retrouvait aussi dans les collections Number (N)ine et Attachment.

Les bottes cavalières sont une reprise – ou une citation – des collections antérieures, notamment FW 2004 et FW 2007, si ce n’est qu’elles sont cette fois recouvertes de crins de poney, qui leur donnent cet aspect chatoyant qui se marie bien avec certains tissus plus précieux qu’à l’accoutumée :

Ann Demeulemeester reste aussi fidèle au principe de superposition des vêtements – elle parle de “couches d’oignon” – avec un travail toujours remarquable sur les gilets, souvent asymétriques. On notera pourtant cette année une évolution d’importance : des silhouettes à la fois plus ajustées et plus structurées, voire plus habillées, qui revisitent notamment la redingote.

Pourtant, certaines pièces, parmi les plus belles, restent fidèles à sa pratique de déconstruction de la silhouette, comme cet ensemble cardigan/écharpe oversized aux longues tresses pendantes.

Enfin, si Ann Demeulemeester reste fidèle à sa couleur fétiche, le noir (et à sa sœur jumelle, le blanc), sa palette continue de s’élargir, selon une direction amorcée depuis FW 07, avec notamment, cette saison, de magnifiques camaïeux de kakis et de marrons.

Au final, une très belle collection, parmi les plus réussies, qui témoigne d’une évolution, ou d’une inflexion, certaine de son travail. Beau travail, incontestablement. Amicales salutations à Faust et au SZ crew (www.stylezeitgeist.com), en compagnie desquels j’ai assisté aux défilés de la Fashion Week

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