Damir Doma FW 2009/2010

Dernier compte-rendu de la Fashion Week FW 2009/2010, avec le défilé du petit prodige de la mode : Damir Doma, ancien élève de Raf Simons, 28 ans, et déjà trois collections, une réputation solidement établie, des articles dans les magazines les plus prestigieux, et depuis peu, une boutique à Paris.

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Ce défilé hivernal n’est-il pas passé de saison ? Non, car cette collection multiplie les couleurs paradoxalement estivales (blanc, gris, olive, beige), et permet de faire la transition vers la saison des défilé SS 2010 qui s’annonce à Paris (24-29 juin 2009).

On retrouve dans cette collection les caractéristiques qui ont fait la réputation de Damir Doma : les drapés, les transparences, les superpositions, les écharpes à tresses, etc. Certaines coupes, comme souvent chez les créateurs de niche à l’identité stylistique très forte, font retour de saison en saison, transformées, aménagées, déplacées, mais reconnaissables entre toutes, comme cette veste asymétrique qui, une fois boutonnée voit un de ses pans faire un pli en forme de rebond.

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Cette collection était résolument placée sous la double influence de la steppe et des nomades, avec ses grands manteaux enveloppants aux pans arrondis, ses combinaisons intégrales et les larges turbans/chèches.

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Cette influence n’est pourtant pas simplement anecdotique, ou folklorique, un simple prétexte, elle est le signe d’un principe de construction récurrent chez Doma, fondé sur la superposition, par laquelle chaque vêtement prend sens dans sa relation de complémentarité avec ceux qui l’entourent, comme le montrent par exemple ces variations sur une même combinaison.

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Pour autant, chez Doma chaque vêtement possède à la fois une forte identité et une indépendance absolue, qui lui permettent à la fois d’entrer dans une relation de complémentarité avec d’autres pièces du même créateur, et de se suffire à lui-même pour se porter seul, avec des pièces plus neutres, qui seront ainsi réhaussées.

On notera, toujours dans ce principe de superposition, l’usage singulier que fait Doma de ces magnifiques écharpes tressées à la construction aussi originale que spectaculaire, et qui signent son appartenance à l’espace, autant géo-politique que fantasmatique, des Balkans et du Proche-Orient. Celles-ci sont conçues et utilisées, non pas comme accessoires, mais comme pièces de vêtement à part entière destinées à entrer dans une superposition, ce que les Anglo-Saxons appellent layering piece.

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Plus généralement, on retrouve dans cette collection les caractéristiques antérieures, et notamment l’association du flou et du structuré – mieux : de leur tension dynamique –, comme dans cette déconstruction de la forme du pantalon par l’élargissement hors-norme de la taille, qui permet d’obtenir un effet bouffant au niveau des cuisses et du mollet (flou), tout en conservant une taille parfaitement ajustée (structuré) grâce au rabat en forme de pli, qui pend en avant de la ceinture (flou de nouveau).

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Même travail au niveau de la veste, parfaitement ajustée aux épaules, mais s’élargissant aux niveaux des côtes, avant de se resserrer au niveau de la taille, tout en étant volontairement trop longue.

Quelles sont les formes qui définissent la silhouette Doma FW 2010 ? Une tension, de nouveau, entre deux silhouettes : l’une, centrifuge, l’autre centripète.

La première, centrifuge, concentre, ou rassemble, vers le corps les lignes qui tendent à s’en écarter, contrecarrant, ou structurant, le côté bouffant des manteaux, par exemple. C’est la silhouette ovoïde.

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La seconde, qui est symétrique, fait irradier à partir du centre du corps des lignes de force qui s’élargissent en étoile.

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De façon amusante, cette forme en étoile se retrouve aussi ponctuellement et localement, comme mise en abyme, sous la forme de ce nœud qui rend certains des vêtements asymétriques tout en les faisant plisser :

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Au final, une très belle collection, parfaitement cohérente, avec laquelle Damir abandonne certains gadgets stylistiques, comme ces rubans pendants aux extrémités des manches, qui n’étaient pourtant pas sans charme, pour aller vers une concentration de moyens qui sert l’expressivité de ses silhouettes, entre toutes singulières. Selon Damir lui-même, c’est cette collection qui marque sa véritable entrée sur la scène de la mode. Autant dire que la prochaine, estivale, est attendue avec grande impatience par ceux qui le suivent depuis ses débuts.

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